Les « nuisibles »

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Abordons aujourd’hui le délicat sujet des « nuisibles« . Selon la loi française, le classement d’une espèce en nuisible se fait d’après trois critères :

  • la protection de la faune et de la flore,
  • l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques,
  • la prévention des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles.


Qui sont les nuisibles en France ?

La liste des espèces pouvant être classées nuisibles par les préfets pour chaque département est définie par le ministre chargé de la chasse. Or, rappelons-le, une espèce nuisible est une espèce susceptible de causer des dommages importants à la faune sauvage, aux récoltes agricoles ou aux espèces domestiques, et qui peut porter atteinte à la santé ou la sécurité publique. Rien à voir avec la chasse donc…

Voici la liste des animaux dits nuisibles sur le territoire national (à confirmer donc par le préfet pour chaque département) :

Mammifères
– Belette
– Chien viverrin. L’espèce est généralement classée nuisible en Europe et notamment en France. Elle est chassable toute l’année en Suisse et en Allemagne. Chez nous elle est « tirable ».
– Fouine
– Lapin de Garenne
– Martre
– Putois

Putois (photo P. Fournier)
Putois (photo P. Fournier)

– Ragondin
– Rat musqué
– Raton laveur
– Renard
– Sanglier
– Vison d’Amérique

Oiseaux
– Corbeau freux
– Corneille noire
– Etourneau sansonnet
– Geai des chênes
– Pie bavarde
– Pigeon Ramier (ou palombe).

Quelques aberrations…

Tiens ? Les rats ne sont pas considérés comme des nuisibles ? Étonnant non ?

Et oui ! Si une espèce n’est pas du gibier, alors elle n’a aucune chance de figurer dans cette liste. Ainsi, rats, souris, taupes, campagnols (terrestres) ne sont pas concernés par cette liste d’animaux nuisibles.

Et d’ailleurs, comment détermine-t-on qu’une espèce nuit à une autre, au point de devoir être qualifiée comme nuisible ?… C’est un problème d’écologue ça. On fait ici appel en effet à des notions scientifiques d’écologie des populations, telle que les invasions biologiques (prolifération d’espèces exogènes comme le Ragondin ou le Vison d’Amérique). La Martre, la Belette, la Fouine ne sont pas dans ce cas de figure, mais sont pourtant listées espèces nuisibles du fait de leur prédation sur l’Ecureuil roux, le Lapin, les pigeons, etc. De là à penser que ces carnivores ont été classés nuisibles parce qu’ils dérangent l’Homme…

Martre (photo Eric Dragesco)
Martre (photo Eric Dragesco)

Animal Cross, association qui lutte contre les souffrances animales, demande que les associations de protection des animaux participent à un débat contradictoire sur la liste des animaux nuisibles. Par exemple, les associations de défense des animaux ont rappelé récemment que la Martre était un animal des forêts qui n’affectait ni les hommes ni les cultures.

Renard roux (photo Richard Dumoulin)
Renard roux (photo Richard Dumoulin)

L’association ASPAS souligne également la nécessité de maintenir des populations de renards viables. C’est en effet un prédateur nécessaire au bon fonctionnement du système écologique. Par ailleurs, de plus amples études mériteraient d’être menées afin de mieux appréhender l’état actuel de cette espèce, avant de la classer en nuisible et de permettre ainsi sa destruction organisée. Cette histoire me rappelle vaguement celle d’un certain carnivore éradiqué de France il y a peu, vous ne trouvez pas ?…

Sanglier (photo Marc Solari)
Sanglier (photo Marc Solari)

Autre chose. Le Sanglier est un nuisible incontesté. Il est à l’origine de ravages chez les agriculteurs, prolifère dans nos forêts depuis l’extermination de son prédateur naturel (le Loup, qui revient bon gré mal gré !), provoque de plus en plus d’accidents de la route… mais malgré ça, saviez-vous qu’on alimente les sangliers par agrainage ?! L’argument avancé est la dissuasion : on cherche à cantonner les sangliers loin des cultures sensibles. Bien sûr, une certaine dérive existe et se nomme l’agrainage cynégétique. Mais en retirant les mauvaises volontés qui se servent de cette pratique dans l’unique but de maintenir un cheptel pour la chasse, on peut raisonnablement penser que l’apport de nourriture à un opportuniste tel que le sanglier est tout simplement une fausse bonne idée, voire disons-le sans détour une absurdité. Les efforts devraient se concentrer sur la protection des cultures. Mais ne changeons pas de sujet…

Des alternatives à la destruction des nuisibles ?

La destruction des animaux nuisibles s’appuie sur la législation nationale (liste des animaux susceptibles d’être nuisibles ainsi que les modalités de leur destruction) et est mise en œuvre au niveau départemental.

La destruction des animaux nuisibles est régie par le code de l’environnement : articles L. 427-1 à L. 427-11 pour la partie législative ; et articles R. 427-1 à R. 427-28 pour la partie réglementaire. (source : http://www.developpement-durable.gouv.fr/)

Chacune de ces espèces peut donc « faire l’objet de mesures de lutte pour prévenir les dégâts dont elle est à l’origine sans encadrement réglementaire particulier » à condition toutefois que ce soit des « méthodes de lutte sélectives, proportionnées aux dégâts commis et ne constituant pas des mauvais traitements ou actes de cruauté » (réponse du Ministre de l’Ecologie au député Patrick Roy, 2006).

Mais avant de déclarer une guerre ouverte à ces animaux qui nous nuisent tant, pourquoi ne pas tester d’autres méthodes moins barbares ? Comme :
– la protection des cultures et des fermes par les moyens appropriés,
– le développement des prédateurs naturels (remettons les choses à leur place, tout simplement),
– la stérilisation des femelles et des œufs,
– la capture d’animaux dans les zones en surnombre (par exemple les parc clos, près des maisons) et la réintroduction dans les zones en sous-nombre.

 

Bref, tout le problème avec les « nuisibles » est dû au fait qu’on aborde ce sujet de manière suggestive au lieu de nous cantonner à un rôle plus neutre (et plus efficace) de scientifiques.

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Les prédateurs responsables de la raréfaction des proies ?

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A peine arrivée dans les Alpes, le premier autochtone que je rencontre me balance au bout de quelques minutes de conversation qu’il n’y a plus de lapins dans les forêts à cause des loups.

Voilà encore un beau cliché sur les prédateurs : ils boufferaient tout ce qui vit dans leur environnement, tels des monstres assoiffés de sang.

Sans vouloir polémiquer sur le degré de jugeote qu’il faut avoir pour tenir de tels propos, je tiens aujourd’hui à rétablir un fait. Faisons donc un peu de sciences voulez-vous ? Il s’agit de l’écologie des populations.

Quelques définitions

D’abord, qu’est-ce qu’une population ?

C’est un groupe d’organismes (ou individus) de la même espèce, vivant dans un endroit précis, délimité par des frontières naturelles ou bien arbitraires (choisies par l’observateur).

Qu’est-ce que l’écologie des populations ?

C’est l’étude des populations dans leur environnement, donc leur dynamique en fonction des autres organismes vivants (ressources, compétiteurs, prédateurs, parasites…) et de tous les facteurs jouant sur leurs paramètres biologiques (polluants, ressources naturelles, habitat…)

Qu’est-ce qu’une communauté ?

Il s’agit d’un assemblage de plusieurs populations vivant dans un même milieu.

De l'écosystème à l'individu
Différents niveaux d’observation du vivant (source image : http://www.astrosurf.com/luxorion/seti-polymorphisme2.htm)

Il est important de connaître ces différentes échelles d’observation car les relations entre les différents organismes vivant au même endroit ont des effets à différents degrés.

Les différentes interactions entre espèces 

La plus connue est celle de prédateur-proie, ou consommateur-ressource. On parle de prédation (y compris pour l’herbivorie).

Mais il y a aussi la compétition (lorsque deux organismes rentrent en conflit pour une même ressource limitée, telle que la nourriture ou encore le territoire). Lorsque la ressource disputée est alimentaire, on parle de compétition trophique.

On a également le parasitisme.

D’autres relations sont bénéfiques aux deux partenaires : on parle de mutualisme. La symbiose par exemple en fait partie.

Toutes ces interactions ont un effet soit positif, soit négatif pour les individus. Cela peut s’exprimer par la mort (cas de la prédation) mais aussi par des résultats plus difficilement mesurables (une plante broutée subit un effet négatif mais ne meurt pas nécessairement). On observe ces effets sur ce qu’on appelle la fitness. Il s’agit de la capacité d’un individu à pérenniser (ça englobe donc sa capacité à se reproduire et à s’adapter, bref c’est un marqueur de la sélection naturelle).

Le cas d’un prédateur

Déjà nous nous rendons compte que les interactions entre espèces ne sont pas si simples qu’il n’y paraît.

Prenons schématiquement une population de prédateurs qui attaquerait une population de proies. Le nombre d’individus ressources (les proies) diminue logiquement par effet de prédation. Leur densité (nombre d’individus au mètre carré) aussi. Ils deviennent donc plus difficiles à chasser. De fait, la population prédateur se retrouve limitée par une ressource trophique devenue rare. Sa fitness en pâtit donc. On peut observer par exemple des individus plus maigres, moins puissants, moins robustes et donc plus fragiles. Cela revient à réguler en retour la taille de la population de prédateurs. Les proies étant moins consommées, leur population s’accroit à nouveau. C’est pour cela qu’on parle d’auto-régulation.

Le prédateur limite la prolifération de l'espèce proie (source image : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibres_pr%C3%A9dateurs-proies)
Le prédateur limite la prolifération de l’espèce proie (source image : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibres_pr%C3%A9dateurs-proies)

Evidemment, ce cas de figure entre une population de prédateur et une population de proie est bien trop simpliste pour représenter la réalité des communautés. Il y a pour chaque cas d’étude de nombreux paramètres à prendre en compte. Les autres compétiteurs pour la même ressource alimentaire, les autres compétiteurs de la ressource, les autres ressources disponibles, les facteurs limitants (comme les maladies en cas de surpopulation), l’impact anthropique (polluants qui se concentrent dans la chaîne alimentaire, fragmentation de l’habitat, destruction de l’habitat, surexploitation des ressources pour la consommation ou le loisir…).

Enfin, il faut garder à l’esprit que la dynamique ressource-consommateur est façonnée par l’évolution mutuelle de ces deux populations. L’évolution est une réponse adaptative à un changement environnemental. Les prédateurs sont une partie de l’environnement des proies, et inversement. Lorsque l’un change en réponse à l’interaction avec l’autre, il stimule par là même le changement chez l’autre.

Un équilibre fragile

Bref, les relations entre les différentes espèces sont donc complexes et en perpétuel mouvement. L’ensemble de ces interactions constitue un équilibre permettant l’existence de toute cette biodiversité. Si un des maillons de cette chaîne vient à se rompre, c’est l’ensemble du système qui en pâtit. La disparition des grands prédateurs a, par exemple, permis la prolifération de certaines proies comme le Sanglier (qui cause de nombreux dégâts chez les agriculteurs). Autre exemple, le Campagnol terrestre pullule mais le Renard voit ses populations régulées par l’Homme qui préfère le considérer comme un « nuisible »…

L'Homme ne peut se substituer à aucun des maillons de cette chaîne (source image : http://www.vazy-jetecrois.com/spip.php?article873)
L’Homme ne peut se substituer à aucun des maillons de cette chaîne (source image : http://www.vazy-jetecrois.com/spip.php?article873)

L’Homme ne peut se substituer à ces prédateurs pour la raison évidente qu’il est une espèce différente. Les prédateurs ne se contentent pas de réguler les densités des espèces proies mais les conditionnent aussi à une certaine occupation de l’espace, des stratégies de déplacement, et tout un tas d’autres facteurs faisant partie de la dynamique des ces populations. Par exemple, ils contribuent à la bonne santé de l’écosystème en prélevant les individus les plus fragiles (âgés, malades). Et nous ne parlons même pas des effets de la présence d’un prédateur sur les autres espèces non proies de son milieu ! Comment pourrions-nous nous substituer à n’importe laquelle de ces espèces de prédateurs ?!

Pour aller plus loin, je vous invite à lire le classique Ecologie, de Ricklefs et Miller (2005, chez De Boeck).

Les charmantes comptines ou comment stigmatiser les prédateurs dès le plus jeune âge

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Le grand méchant loup
Le grand méchant loup

Nous avons tous grandi avec certains classiques tels que « Les trois petits cochons et le grand méchant loup », ou encore « Le petit chaperon rouge ». Nous avons tous chanté « Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas ». Ne peut-on rien remarquer à propos de ces charmantes histoires ?… Elles stigmatisent toutes le loup comme un être malveillant.

Pourquoi ?

Rappelons-nous que le Loup était présent sur tout le territoire français jusqu’au 19ème siècle, jusqu’à ce que son éradication débute. Il est d’ailleurs appelé « loup maléfique » à l’Époque Moderne, puis « gibier » au 19ème, avant d’être classé comme animal nuisible. En clair, on refuse de vivre avec la présence d’un prédateur naturel dans nos forêts. On refuse de s’adapter. Et puisqu’on en a les moyens, on décide alors de supprimer cet animal si dérangeant.

Sommes-nous donc si stupides ? N’avons-nous pas évolué depuis ces temps obscurs ? Sommes-nous donc toujours incapables de cohabiter avec d’autres prédateurs ? Nous serions donc dans ce cas la seule espèce inapte à survivre dans son environnement, qui se leurre en le modelant à sa convenance. Croyons-nous réellement être capables de faire mieux que Dame Nature ? Il suffit pourtant de regarder n’importe quel JT pour comprendre, sans trop forcer, qu’il y a un problème…

Mais je m’égare… Revenons au sujet principal de cet article.

Le Loup dans les dessins animés
Le Loup dans les dessins animés

Les comptines de notre enfance ont une tendance pernicieuse à catégoriser les prédateurs comme des êtres mauvais, qui cherchent volontairement à nous nuire. Cela ne veut pas pour autant dire que les enfants craindront forcément les loups, les ours, etc. en grandissant, et se mettront naturellement à les haïr. Je pose juste une simple constatation. On peut cependant se demander si le but de ces comptines n’est pas justement de pousser ces futurs citoyens à refuser la présence des prédateurs dans leur milieu. Cela s’apparenterait à de la propagande… Pour l’époque (les années 30, soit au moment où le Loup disparaît de France), on peut comprendre (puisque le gouvernement était dans une démarche volontaire d’éradication du Loup). Mais aujourd’hui ? Sans pour autant dépeindre un animal tout chamallow et tout mimi-gentil, j’aimerais bien lire des histoires de loups majestueux à mon petit garçon.

On constate que Walt Disney a bien évolué sur le plan égalité des sexes. Les Princesses ne sont plus de pauvres écervelées qui attendent leur preux chevalier pour les sauver, les marier et leur faire des gosses. Mais on attend encore de nouvelles histoires qui font l’apologie du Loup, au lieu de le stigmatiser comme un grand méchant abruti, au regard fou. Serait-ce trop dangereux d’un point de vue commercial ? Pourtant, un récent sondage (Ifop, septembre 2013) nous informe que 80% des Français sont opposés à ‘éradication du Loup en France. Il serait temps de suivre la tendance non ? Et de nous sortir une belle histoire comme Disney sait les faire ! Heureusement, les cinéastes n’ont pas attendu pour présenter de manière plus objective les grands prédateurs aux enfants. Je pense notamment au superbe film « Le renard et l’enfant« . Bref, je ne sais pas vous mais moi je montrerai « L’Ours » plutôt que « Pierre et le loup » à mes enfants.

L'Ours - de Jean Jacques Annaud
L’Ours – de Jean Jacques Annaud

Les rapaces de France

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Un milan royal - photo René Roger (source : http://rapaces.lpo.fr/milan-royal/)
Un milan royal – photo René Roger (source : http://rapaces.lpo.fr/milan-royal/)

Un rapace est un oiseau carnivore, prédateur ou charognard, et donc équipé d’organes tranchants tels qu’un bec crochu ou des serres. Leur système digestif ne leur permettant pas de digérer intégralement leurs proies (sauf le Gypaète barbu), ils produisent des pelotes de réjections, composées de poils, os et chitine.

Le cas de la France

Avec plus de 60% des espèces de rapaces nicheurs en Europe (25 espèces sur 40, dont 23 nicheuses régulières), la France a une grande responsabilité en matière de conservation de cette biodiversité, bien que de nombreuses espèces y ont fortement régressé ou ont localement disparu.

Il faut savoir que les 3/4 des rapaces diurnes d’Europe occidentale se reproduisent sur le territoire français. Et 21% des effectifs de rapaces d’Europe de l’ouest (soit 286 000 à 392 000 couples reproducteurs) sont présents en France d’après l’IFEN**, concentrés sur 13 espèces (qui représentent 10% de ces effectifs). Certaines espèces sont peu abondantes en France, comme le busard Saint-Martin et le Milan noir, mais représentent plus de 50% de leurs effectifs en Europe de l’ouest. Enfin, sur 23 espèces de nicheurs réguliers en France métropolitaine, sept sont considérées comme très rares (moins de cent couples) et quatre n’excèdent pas 2 000 couples.

La majorité de la population de rapaces en France est fournie par la Buse variable (43% !) et le Faucon crécerelle (25%).

En France métropolitaine, les rapaces sont principalement présents dans les régions Auvergne, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Midi-Pyrénées.

Les espèces présentes en France

Avant de les étudier prochainement plus en détails, voyons d’abord qui sont les différents rapaces de France (énumération récupérée d’un article wikipédia dont j’ai volontairement laissé les liens vers chaque taxon).

Les oiseaux dits rapaces sont regroupés en 5 familles sur le territoire français (métropole + Corse). On dénombre ainsi:

– les Falconidés,

– les Strigidés et les Titonidés,

– les Accipitridés et les Pandionidés.

Seuls les Strigidés et les Titonidés sont nocturnes. On y retrouve respectivement 10 et 1 espèces, dont 8 nicheurs : Aegolius funereus (Nyctale de Tengmalm – nicheur), Asio flammeus (Hibou des marais – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Asio otus (Hibou moyen-duc – nicheur), Athene noctua (Chevêche d’Athéna – nicheur), Bubo bubo (Grand-duc d’Europe – nicheur), Bubo scandiacus (Harfang des neiges), Glaucidium passerinum (Chevêchette d’Europe – nicheur, vulnérable sur la liste UICN* française), Otus scops (Petit-duc scops – nicheur), Strix aluco (Chouette hulotte – nicheur), Surnia ulula (Chouette épervière), Tyto alba (Effraie des clochers – nicheur).

Chez les Falconidés on a 11 espèces, dont 5 nicheurs : Falco biarmicus (Faucon lanier), Falco cherrug (Faucon sacre), Falco columbarius (Faucon émerillon), Falco concolor (Faucon concolore), Falco eleonorae (Faucon d’Éléonore), Falco naumanni (Faucon crécerellette – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Falco peregrinus (Faucon pèlerin – nicheur), Falco rusticolus (Faucon gerfaut), Falco subbuteo (Faucon hobereau – nicheur), Falco tinnunculus (Faucon crécerelle – nicheur), Falco vespertinus (Faucon kobez).

Dans la famille des Pandionidés, une seule espèce est présente en France : le Pandion haliaetus (Balbuzard pêcheur – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française).

Enfin, la famille la plus connue du grand public, les Accipitridés, présente 28 espèces dont 20 nicheurs : Accipiter gentilis (Autour des palombes – nicheur), Accipiter nisus (Épervier d’Europe – nicheur), Aegypius monachus (Vautour moine – nicheur, en danger critique d’extinction sur la liste UICN française), Gypaetus barbatus (Gypaète barbu – nicheur, en danger sur la liste UICN française), Gyps fulvus (Vautour fauve – nicheur), Neophron percnopterus (Vautour percnoptère – nicheur, en danger sur la liste UICN française), Torgos tracheliotos (Vautour oricou), Aquila adalberti (Aigle ibérique), Aquila chrysaetos (Aigle royal – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Aquila clanga (Aigle criard), Aquila fasciata (Aigle de Bonelli – nicheur, en danger sur la liste UICN française), Aquila heliaca (Aigle impérial), Aquila nipalensis (Aigle des steppes), Aquila pomarina (Aigle pomarin – nicheur), Buteo buteo (Buse variable – nicheur), Buteo lagopus (Buse pattue), Buteo rufinus (Buse féroce), Haliaeetus albicilla (Pygargue à queue blanche – nicheur), Hieraaetus pennatus (Aigle botté – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Circaetus gallicus (Circaète Jean-le-Blanc – nicheur), Circus aeruginosus (Busard des roseaux – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Circus cyaneus (Busard Saint-Martin – nicheur), Circus macrourus (Busard pâle), Circus pygargus (Busard cendré – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Elanus caeruleus (Élanion blac – nicheur, en danger sur la liste UICN), Milvus migrans (Milan noir – nicheur), Milvus milvus (Milan royal – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Pernis apivorus (Bondrée apivore – nicheur).

Rappelons que la liste rouge de l’UICN constitue l’inventaire mondial de référence sur le risque d’extinction des espèces végétales et animales de la planète.

Pour celles et ceux qui souhaiteraient participer à la sauvegarde des rapaces en France, je vous invite fortement à vous rapprocher de la LPO qui mène une mission sur ces majestieux prédateurs (oui, je suis de partie pris !). Vous trouverez toutes les informations sur leur site :  http://rapaces.lpo.fr/

Le site de la mission rapace de la LPO
Le site de la mission rapace de la LPO

* Union Internationale pour la Conservation de la Nature

** Institut Français de l’Environnement

L’Ours brun et sa conservation en France

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L'ours brun Ursus arctos
Source : http://www.wwf.fr/s-informer/actualites/les-ours-une-chance-pour-les-pyrenees

L’Ours brun est en déclin depuis l’époque romaine. Vers l’an 1000, il était encore présent dans toutes les forêts de montagne françaises mais ses zones d’habitat se réduisent au 16ème siècle aux parties les plus inaccessibles des Vosges, du Jura, du Massif Central, des Alpes et des Pyrénées. A la fin du 18ème siècle, le développement des activités humaines telles que le pastoralisme ou l’exploitation forestière accentue sa disparition et au milieu du 19ème siècle, sa présence n’est plus constatée que dans 14 départements : dans le Jura (d’où il disparait vers 1860), dans les Alpes (où la dernière observation d’ours a eu lieu en 1937) et dans les Pyrénées (où sa population atteint quasiment l’extinction à la fin du 19ème siècle avec seulement 6 individus).

L’Ours brun est l’espèce la plus répandue des Ursidés. Il occupe environ 5 millions de km² au nord-ouest de l’Amérique du Nord, 800 000 km² en Europe, et la plupart du nord de l’Asie. Ses populations les plus importantes sont en Russie, Alaska et au Canada. Du fait de cette grande répartition, Ursus arctos figure dans la catégorie « moins concerné » sur la liste rouge de l’UICN. Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi conserver l’Ours en France ?

Déjà parce que la France a des obligations légales. Elle s’est engagée à conserver la biodiversité en ratifiant la Convention sur la Diversité Biologique.

De plus, l’Ours brun figure en Annexes 2 & 4 de la directive Habitats, qui regroupent respectivement les espèces dont la conservation nécessite la désignation de Zones Spéciales de Conservation et les espèces strictement protégées.

Il figure aussi en Annexe II de la Convention de Berne, c’est-à-dire comme espèce strictement protégée. La France, doit donc prendre des mesures pour maintenir une population d’Ours viable.

Enfin, par sa résolution du 17 février 1989, le Parlement européen invite la Commission européenne à favoriser l’émergence de programmes pour la protection de l’Ours brun en Europe et à soutenir les programmes existants. Et par sa résolution du 22 avril 1994, le Parlement européen invite la Commission européenne à ne pas soutenir et ne pas financer le développement d’activités ayant un impact négatif sur les populations d’ours.

En outre, l’Homme est responsable de la 6ème crise d’extinction, et notamment de la disparition de l’Ours dans les Pyrénées. Il se doit de conserver cette espèce pour sa valeur d’existence, mais aussi pour sa valeur de legs.

Enfin, l’Ours a une valeur écologique. Il améliore l’état sanitaire des populations en prélevant les individus les plus faibles, c’est-à-dire les malades et les âgés. Il est scientifiquement reconnu que plus un milieu est diversifié, mieux il répond aux perturbations, qu’elles soient naturelles ou anthropiques.

Sans la capture en Slovénie et le relâcher de 2 femelles en 96 et d’un mâle en 97 dans le cadre du programme de réintroduction en Pyrénées centrales, l’Ours brun aurait disparu de France. Mais en 97 et 2004, deux ourses suitées ont été abattues. Bien que la réintroduction ait amené la population d’Ours des Pyrénées à une quinzaine d’individus en 2003, celle-ci ne peut pas être considérée comme viable à long terme du fait d’un nombre de femelles insuffisant et de problèmes de consanguinité. Le gouvernement français a ainsi mis en œuvre un plan de renforcement avec un apport de 4 femelles & d’un mâle au printemps 2006.

L’arbre généalogique suivant récapitule les réintroductions d’ours et l’évolution de la population depuis 1996. On constate malheureusement une mortalité élevée et rapide des ours réintroduits. Ce qui nous amène une nouvelle fois à rappeler que la survie d’une espèce ne peut se faire sans la volonté des populations humaines locales à défendre leur patrimoine sauvage.

Arbre généalogique de la population d’ours brun dans les Pyrénées de 1996 à 2012. O.N.C.F.S. Equipe Ours
Arbre généalogique de la population d’ours brun dans les Pyrénées de 1996 à 2012. O.N.C.F.S. Equipe Ours

Le guépard, un prédateur hyper-spécialisé

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Le guépard Acinonyx jubatus

Le guépard

1 Présentation

1.1 Systématique

Le guépard appartient à la famille des Felideae. C’est le seul représentant de la famille des Acinonichidés. Acinonyx jubatus est la seule espèce du genre Acinonyx. Il existe cinq sous-espèces qui se répartissent essentiellement en Afrique :

  – Acinonyx jubatus jubatus

  – Acinonyx jubatus raineyi

  – Acinonyx jubatus soemmeringii

  – Acinonyx jubatus hecki

  – Acinonyx jubatus venaticus

1.2 Biotope

Répartition du guépard
Répartition du guépard

Le Kenya, la Tanzanie et la Namibie concentrent l’essentiel des effectifs du guépard, grâce aux réserves.

Il existe actuellement 9000 à 12000 guépards à l’état sauvage, dont 300 à 500 dans le Sahara.

Biotope du guépard
Biotope du guépard

Le Guépard est, essentiellement, un animal des grands espaces. Il vit dans les savanes herbeuses et les zones légèrement boisées, les fourrés à acacias ou la brousse aride. Il vit de préférence en biotope ouvert, de savanes et steppes semi-désertiques.

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2 Adaptations

2.1 Camouflage

Camouflage du guépard
Camouflage du guépard

Le Guépard aime surtout la savane herbacée qui lui permet de dissimuler son approche. Son pelage va de l’or pâle à l’ocre, voire au brun fauve. Il est couvert de taches noires pleines, équidistantes. La gorge, la poitrine et le ventre sont plus pâles, parfois même blancs. Sur le cou et les épaules, la fourrure est plus épaisse et forme une courte crinière hirsute (jubatus signifie crinière). Cette crinière est plus développée chez les jeunes (ce qui les distingue des autres félidés) et s’étend en longs poils argentés sur toute la longueur du corps, la tête, les épaules et sur tout le dos. Elle ressemble à celle du très agressif ratel et certains pensent qu’elle pourrait ainsi protéger les petits en trompant les prédateurs.

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2.2 Reproduction

Portée de guépards
Portée de guépards

Tout est étudié pour maximiser les chances d’avoir une descendance :

– D’abord, les accouplements ont lieu toute l’année. La gestation dure environ 3 mois.

– Ensuite, la femelle met bas 1 à 8 jeunes par portée (par comparaison la lionne n’en a que 1 à 4).

– Il s’écoule 15 à 18 mois entre deux portées. Mais si la femelle perd une portée, alors elle redevient aussitôt féconde.

– Pour éviter trop de mortalité, la femelle transporte régulièrement ses petits dans sa gueule dans différentes tanières.

2.3 Course

Course du guépard
Course du guépard
Course du guépard
Course du guépard

Le guépard est capable d’atteindre 75Km/h en 2 secondes (départ arrêté), et peut courir jusqu’à 115Km/h pendant quelques secondes. Pendant ce sprint, il parcourt jusqu’à 7 à 8 m en une foulée, et accomplit jusqu’à 4 foulées à la seconde. En poursuite, ses pattes ne touchent plus le sol sur la moitié de la distance.

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2.3.1 Allure générale

Allure du guépard
Allure du guépard

Le guépard est un grand félin de 112cm à 150cm sans la queue. Celle-ci mesure jusqu’à 84cm. Aussi grand qu’une panthère, il ne pèse cependant que 35 à 60Kg, ce qui lui confère une allure élancée et légère, ressemblant à celle d’un lévrier. Ses hanches sont de plus particulièrement puissantes et ses épaules très hautes (jusqu’à 1m).

2.3.2 Membres, squelette et queue

  • Squelette

Le guépard a un long corps fluide bâti sur des os légers. La colonne vertébrale est arquée et très flexible : elle se détend ou s’arrondit pour lui permettre de faire des bonds de 6 à 8 mètres, c’est-à-dire autant qu’un cheval. Elle effectue un travail de ressort pendant la course, aidant les pattes postérieures à la propulsion à chaque foulée, en s’arquant puis en se détendant brusquement. Particulièrement longue, elle contribue à allonger la foulée pendant la phase de détente.

Colonne vertébrale arquée et très flexible
Une colonne vertébrale arquée et très flexible
Queue contre-poids
Une queue contre-poids

La queue, également très longue, sert de contrepoids lors des brusques changements de direction, afin de conserver l’équilibre.

Le Guépard se sert de cette agilité pendant la course pour surprendre des proies plus grandes que lui, incapables de réagir suffisamment vite.

Son crâne est proportionnellement beaucoup plus petit et rond que celui des autres félins, ce qui contribue à l’alléger. Toutefois cela le rend également moins résistant. Enfin, ses oreilles sont courtes et rondes, pour limiter la prise au vent.

Crâne de guépard
Crâne de guépard
Crâne de jaguard
Crâne de jaguar

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  • Membres

Les pattes postérieures, très sollicitées pour la propulsion, sont très puissantes.

Vue de dessous de pattes de guépard (a) et de jaguar (b)
Vue de dessous de pattes de guépard (a) et de jaguar (b)

Les griffes du guépard ne sont pas pourvues de fourreaux, comme celles des autres félins. Elles sont rétractiles, tout le complexe tendineux est présent et fonctionnel, mais elles sont en permanence en contact avec le sol, car non cachées. Cette particularité confère à l’animal une excellente adhérence lors des accélérations très violentes qu’il effectue, ou lors des changements de direction. Cela optimise ses performances (le nom de genre Acinonyx, qui signifie « ne bouge pas ses griffes », est donc assez inapproprié).

Les mouvements des membres sont réduits à un déplacement antéro-postérieur, afin d’augmenter la stabilité : Le mouvement de l’articulation du radius (au niveau de son contact avec les métacarpes) est très contraint par la présence d’un fibrocartilage très solide qui limite ainsi au maximum la pronation et la supination (donc il maintient cette articulation parfaitement dans l’axe, et évite tout risque de blessure type entorse sur une réception de saut ratée par exemple). Ceci est important du fait des contraintes imposées aux pattes (110Km/h et sauts de 8m). Cette articulation est de plus composée de rainures profondes, donc très bien « emboîtée », ce qui évite les déboîtements intempestifs inhérents aux mêmes contraintes. Les tendons des muscles extenseurs de cette articulation sont fermement maintenus dans de profondes rainures, toujours par soucis de solidité et de « fiabilité ». Tout a pour but de limiter au maximum les flexions excessives de cette articulation, et donc entre autres les blessures.

Les pattes des guépards sont donc plus solides que celles des autres félins. Ceci apparaît cependant comme une nécessité dans la mesure ou ces dernières sont plus longues et plus fines. Elles doivent donc être le plus rigide possible, dans un souci de rendement optimal : pas de flexions parasites à l’accélération ou dans les changements de direction par exemple, sources de déperdition d’énergie. Elles doivent résister à des contraintes latérales et longitudinales, et au niveau des articulations.

Les coussinets sont eux aussi particulièrement durs, pour une restitution optimale de l’énergie et minimiser les déperditions liées à une torsion à cause d’amorti. Ils ont de plus un rôle dans l’adhérence, comme des crampons pour les changements de direction et les accélérations.

Diverses adaptations permettent au guépard d’augmenter la longueur de sa foulée, alors que d’autres influent sur la fréquence de celles-ci.

Augmentation de la longueur de la foulée :

  – allongement des membres (digitigradie et allongement métacarpien/métatarsien)

– petites clavicules et omoplates verticales augmentent l’amplitude et la liberté des mouvements antéro-postérieurs des pattes, en débridant l’articulation des épaules.

Augmentation de la fréquence des foulées :

  – réduction de la masse de la partie distale des membres : les radius et cubitus du guépard sont droits (ce qui limite la quantité de matière pour une même longueur par rapport à un os courbe) et minces. Ceci permet en outre de minimiser l’effort à produire par l’articulation axiale du membre (l’épaule), en décalant le centre de gravité vers l’axe.

  • Cœur et système respiratoire

La cage thoracique du guépard est très profonde, mais aussi étroite et aplatie pour laisser un maximum de place à ses grands poumons tout en optimisant la souplesse et la liberté de mouvement des pattes. Le volume pulmonaire est important, les narines sont élargies, et les canaux nasaux sont plus grands que ceux des autres félins ; ce qui confère au guépard une capacité pulmonaire deux fois supérieure à celle des autres mammifères à poids égal.

Ensuite, le guépard possède un gros cœur : ceci lui permet de limiter la fréquence cardiaque par rapport à un petit cœur : il envoie en un battement autant de sang qu’un petit en plusieurs battements.

2.4 Chasse

Le guépard, chasseur diurne
Le guépard, chasseur diurne

La plupart du temps, le guépard chasse seul, jamais la nuit mais surtout tôt le matin. Contrairement à d’autres félins, il ne se met pas à l’affût, mais il repère sa proie à vue à une grande distance. Il profite d’un monticule, comme par exemple d’une termitière, pour observer les alentours. Il l’approche alors, lentement, tête basse, mais il n’avance pas tapis comme la plupart des autres félins. A quelques dizaines de mètres de sa proie, le guépard commence la poursuite, tout d’abord par un trot, puis grâce à une accélération très rapide, il atteint 70 Km/h en 2 secondes. Il effectue un sprint très rapide sur une distance ne dépassant pas 300 mètres. La chasse dure habituellement moins d’une minute. Le guépard renverse sa proie d’un coup de patte en la frappant aux hanches ou la tire au sol en s’agrippant à ses flancs par l’ergot acéré de sa patte antérieure, équivalent du pouce. Il saisit ensuite l’animal à la gorge, le maintenant ainsi 5 à 10 minutes jusqu’à ce qu’il l’étouffe.

Le guépard en pleine chasse
Le guépard en pleine chasse

Ses proies principales sont les gazelles de Thompson et de Grant, les impalas, les kobs et les gnous mais il prend aussi de plus petits animaux : lièvres, rongeurs et porcs-épics. Au Kenya, il s’attaque aux koudous, aux gazelles de Waller et aux dik-dik ; en Afrique australe, aux springboks, aux jeunes koudous, aux phacochères et aux impalas ; au Sahara, aux gazelles dorcas et dama, aux mouflons à manchettes, aux autruches et aux outardes. Le Guépard a des besoins assez modestes. Il boit peu et mange moins de 10 kg de viande par jour. Dans les régions arides, le guépard a rarement besoin de se désaltérer mais assouvit ses besoins d’humidité avec le sang, la chair et l’urine de ses proies. Dans le désert du Kalahari, il boirait même le jus des melons.

3 Contreparties de cette adaptation extrême à la course

3.1 Aspects physiologiques du sprint et conséquences

Le « choix » de la course par le guépard s’est cependant fait au prix de contreparties non négligeables. En effet, l’effort de sprint est extrêmement exigeant sur le plan physiologique.

Cela se traduit en premier lieu par une forte augmentation de sa température interne (liée à la dissipation calorique des muscles). En effet, théoriquement, au delà de 300m de sprint à 110 Km/h, celle-ci peut dépasser les 41°C et devenir dangereuse, notamment pour son cerveau. (Dans les cas extrêmes, cela peut aboutir à la mort de l’animal). Ceci représente une des causes de limitation de la durée de son sprint, et augmente d’autre part fortement la durée de sa récupération après l’effort.

Ensuite, cet effort lui demande de dépasser, et de beaucoup, son seuil anaérobique. C’est à dire que sa fréquence ventilatoire, et le volume d’air qu’il peut inspirer et expirer à chaque cycle deviennent très insuffisant pour répondre aux besoins des muscles. Et pourtant nous l’avons vu, son système respiratoire est exceptionnellement développé.

Deux autres mécanismes limitants se mettent alors en place :

  • Tout d’abord, il faut savoir que le guépard sollicite un très grand nombre de muscles, et d’une manière très intense : les pattes bien sûr, mais toute la colonne vertébrale, le cou, la queue, etc. Ceci requiert donc un volume d’apport en oxygène très important. Par conséquent, on assiste à une adaptation physiologique qui privilégie l’apport d’oxygène vers les muscles, et délaisse partiellement le cerveau notamment. Celui-ci se trouve alors en hypoxie, ce qui entraîne inévitablement l’arrêt de la poursuite. Parfois l’animal peut s’évanouir suite à son sprint du fait de cette sous alimentation en oxygène du cerveau, et ce même s’il a pu attraper sa proie.

  • D’autre part, une autre contrepartie du sprint est celle de la production et accumulation d’acide lactique lors d’effort intense. Deux hypothèses sont faites à ce sujet :

  – Soit le sprint est maximal et dans ce cas il n’y a pas de problème, car pas de production d’acide lactique, donc aucune accumulation dans les muscles. En effet dans ce cas l’ATP prend le relais du glycogène comme source d’énergie des muscles. Si c’est ce qu’il se passe, cela n’a donc aucun impact sur le temps de récupération de l’animal.

  – Soit, autre possibilité, une accumulation d’acide lactique aboutirait à perturber la contraction musculaire. Cela implique que le sprint soit un peu en dessous de l’effort maximal, ce qui signifierait que le guépard cherche à optimiser ses chances de réussite en augmentant un peu la durée de sa course. Dans ce cas l’effort est toujours réalisé en anaérobie. Et le problème c’est que dans ce cas, c’est le glycogène qui sert de source d’énergie principale pour les muscles, et que cette glycolyse produit de l’acide lactique. Celui-ci ne pouvant être dégradé à cause du manque d’oxygène (effort anaérobique), il s’accumule dans les muscles du guépard. C’est cette accumulation finit par perturber voir empêcher la contraction musculaire, ce qui contribuerait donc à expliquer l’arrêt forcé du sprint au bout de 300m à 110Km/h (soit environ 10sec de sprint), et surtout le temps de récupération imposé. En effet, toute contraction puissante devient alors impossible pour espérer pouvoir défendre sa proie contre d’éventuels opportunistes…

Après la chasse, le guépard est très vulnérable
Après la chasse, le guépard est très vulnérable

3.2 Vulnérabilité du Guépard

Tout ceci fait que le guépard se retrouve très vulnérable après sa chasse, et ce qu’il soit ou non parvenu à attraper une proie. En effet, il doit faire avec une température interne très élevée, un manque d’oxygénation du cerveau, une fréquence ventilatoire élevée, et donc probablement une accumulation d’acide lactique dans les muscles ralentissant ses mouvements et lui retirant toute endurance…

C’est pourquoi il est très fréquent que le guépard se fasse voler sa proie par un autre prédateur concurrent comme le lion, ou le léopard. Il est même fréquent que des canidés charognards comme les hyènes ou les lycaons, ou même des vautours la lui volent. En effet, ceux-ci arrivent une fois le « travail terminé », et n’ont plus qu’à se servir, car le guépard ne peut opposer aucune résistance

Mais il ne faut pas oublier que de toutes façons le guépard n’est pas armé pour se battre contre des lions ou autres. En effet le développement de son système respiratoire s’est fait au détriment de la taille de sa dentition notamment : les narines agrandies occupent beaucoup de place et n’en laissent plus suffisamment pour laisser s’implanter les racines d’une forte dentition. Ses dents sont donc beaucoup plus petites que celles des autres carnivores concurrents. Il ne risquera jamais à une confrontation, car la moindre blessure l’handicaperait pour la course, et il ne pourrait donc plus se nourrir.

Enfin, le métabolisme élevé qu’impliquent de tels efforts de course lui impose de se nourrir uniquement de chair très fraîche, donc immédiatement après sa chasse. C’est pourquoi il ne peut se nourrir de charognes, et doit absolument éviter de se faire voler sa proie pendant sa longue récupération. De même, il doit manger les parties les plus riches, les plus énergétiques, c’est à dire les muscles. C’est pourquoi il délaisse les viscères par exemple, qui ne lui apportent pas ce dont il a réellement besoin.

4 Statut

L’exemple du guépard montre comment une très forte spécialisation peut être également un handicap.

Les guépards ont une variabilité génétique anormalement basse et une incidence élevée de semence anormale. On pense qu’ils ont subi une période prolongée de consanguinité.

Dans bien des cas, les guépards sont menacés par les activités agropastorales (la réduction du nombre de proies causée par la concurrence du bétail pour les pâturages, par la transformation de la savane en terres cultivées et par les représailles que les agriculteurs exercent à leur encontre pour protéger leur bétail). Mais, paradoxalement, du fait même de la forte prédation exercée par les autres carnivores sur leurs petits, les guépards ont peut-être une meilleure chance de survivre en dehors des aires protégées qu’à l’intérieur.

Le Guépard est inscrit sur la liste IUCN : espèce vulnérable (sous-espèce africaine menacée, sous-espèce asiatique en situation critique) ainsi que sur l’U.S. ESA : espèce menacée. Il est inscrit à l’appendice I de la CITES (Convention on International Trade in Endangered Species).

5 Bibliographie

Sitographie :

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www.cheetahspot.com
http://home.globalcrossing.net/~brendel/
http://www.bluelion.org/lowgraphiccheetah.htm
http://www.gepardenland.de
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http://www.sandiegozoo.org/
http://www.predatorconservation.com/cheetah.htm
http://animaldiversity.ummz.umich.edu/site/accounts/information/Acinonyx_jubatus.html
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http://www.cheetah.org/
http://www.cheetahspot.com/
http://dialspace.dial.pipex.com/agarman/cheetah.htm
http://nationalzoo.si.edu/Animals/AfricanSavanna/ccsexhibit.cfm
http://www.catsg.org/
http://www.carnivoreconservation.org/
http://www.africanconservation.org/
http://www.kws.org/
http://www.habari.co.tz/carnivores/
http://www.zoo.cam.ac.uk/ioz/projects/tanzania_carnivores_darwin_project.htm
http://www.tawiri.org/index.html
http://www.animalpicturesarchive.com/list.php?qry=king%20cheetah

Bibliographie :

  • P.-C. ALDEN, R.-D. ESTES, D. SCHLITTER et B. McBRIDE. (2001). Photo-guide des animaux d’Afrique, chez Delachaux et Niestlé

  • LAURENT COCHERO. (2005). Félins, chez Flammarion

  • PETER JACKSON et ADRIENNE FARRELL JACKSON. (1996). Les félins, chez Delachaux et Niestlé

  • THIERRY LODE. (2001). Les stratégies de reproduction chez les animaux. L’aventure évolutive de la sexualité, chez Dunod

  • GERALDINE VERON. (1997). Les carnivores. Adaptations et fonctions chez les vertébrés, chez Masson

  • JIRI GAISLER et JAN ZEDJA. (1995). La grande encyclopédie des mammifères, chez Gründ

  • SIMON TILLIER. (1992). Encyclopédie du règne animal de A à Z, chez Bordas

Le loup, vrai faux problème du pastoralisme

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Loup, pour en finir avec les contre-vérités

Le 20 décembre 2012 dix associations publient un document visant à démentir une bonne fois pour toute les accusations portées à tord contre le loup. Intitulé « LOUP Pour en finir avec les CONTRE-VERITES sur le pastoralisme et la chasse » (disponible ici), ce texte d’une dizaine de pages s’attaque aux à priori les plus courants.

Il est intéressant de rappeler ici certains faits liés au pastoralisme.

Lorsqu’un animal est retrouvé mort, une enquête est menée afin de déterminer si le loup est impliqué dans le décès. Si c’est le cas, ou bien si on ne peut pas exclure cette hypothèse (dans le doute comme on dit…) l’éleveur est indemnisé. Certes, le préjudice moral n’est pas pris en compte. Mais rappelons tout de même que les bêtes sont destinées à l’abattoir (et nous ne parlons même pas des conditions de transport et d’abattage)…

La majorité de la perte de brebis n’est pas due au loup mais à d’autres facteurs contre lesquels les lobbies ne peuvent rien : maladies, parasitisme, chutes, disparitions dans les estives, chiens errants… Les pertes attribuées au loup (y compris celles dont le doute est maintenu mais qui bénéficient, je le rappelle, à l’éleveur) s’élèvent au maximum à 0,6% par an depuis 10 ans dans les secteurs concernés. Mais l’impact psychologique reste élevé dans notre pays…

Rappelons que d’autres aides sont mises en place afin d’aider les éleveurs à lutter contre cette prédation : garde des troupeaux, clôtures, chiens de protection type patou… Bref, des pratiques évidentes à une autre époque, où nos aïeux avaient l’habitude de côtoyer tous les animaux sauvages présents sur leur lieu de travail.

L’élevage ovin en France subit une grave concurrence internationale : l’agneau britannique, irlandais et néo-zélandais coûte bien moins cher. En outre, de moins en moins de consommateurs achètent de la viande ovine. Le cheptel français s’est vu réduit d’un tiers en 20 ans, concentré en exploitations de plus en plus grandes, avec moins de main d’oeuvre (donc moins de surveillance des troupeaux). Ces difficultés étaient déjà bien présentes dans la filière avant le retour (naturel, rappelons-le) du loup en France. Le problème est donc clairement ailleurs.

Pour enfoncer le clou, prenons l’exemple de l’Espagne qui est autosuffisante à 116% avec ses 2000 loups, et l’Italie à 67% avec ses 600 à 900 loups. La France, elle, n’est autosuffisante qu’à hauteur de 51%. De plus, les régions les plus en difficulté sont exempts de ce prédateur si terrorisant. La PACA est celle qui s’en sort le mieux, avec son loup présent depuis une vingtaine d’années. De là à faire une chouette corrélation entre la présence du loup et la réussite de l’élevage ovin…

Le loup sert de bouc-émissaire à l’Etat pour calmer quelques excités de la gâchette. Il n’est ni le problème des troubles que connaît la filière ovine, ni le responsable de tous les maux qu’on voudrait bien l’accuser. Il sert d’écran de fumée tout simplement, pour cacher les réelles difficultés du pastoralisme français.

Ceux-là même qui prétendent défendre le pastoralisme en France en s’attaquant au loup ne font que se tromper de cible, et, ce faisant, scient la branche sur laquelle ils sont assis.