Grands carnivores

Les prédateurs responsables de la raréfaction des proies ?

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A peine arrivée dans les Alpes, le premier autochtone que je rencontre me balance au bout de quelques minutes de conversation qu’il n’y a plus de lapins dans les forêts à cause des loups.

Voilà encore un beau cliché sur les prédateurs : ils boufferaient tout ce qui vit dans leur environnement, tels des monstres assoiffés de sang.

Sans vouloir polémiquer sur le degré de jugeote qu’il faut avoir pour tenir de tels propos, je tiens aujourd’hui à rétablir un fait. Faisons donc un peu de sciences voulez-vous ? Il s’agit de l’écologie des populations.

Quelques définitions

D’abord, qu’est-ce qu’une population ?

C’est un groupe d’organismes (ou individus) de la même espèce, vivant dans un endroit précis, délimité par des frontières naturelles ou bien arbitraires (choisies par l’observateur).

Qu’est-ce que l’écologie des populations ?

C’est l’étude des populations dans leur environnement, donc leur dynamique en fonction des autres organismes vivants (ressources, compétiteurs, prédateurs, parasites…) et de tous les facteurs jouant sur leurs paramètres biologiques (polluants, ressources naturelles, habitat…)

Qu’est-ce qu’une communauté ?

Il s’agit d’un assemblage de plusieurs populations vivant dans un même milieu.

De l'écosystème à l'individu
Différents niveaux d’observation du vivant (source image : http://www.astrosurf.com/luxorion/seti-polymorphisme2.htm)

Il est important de connaître ces différentes échelles d’observation car les relations entre les différents organismes vivant au même endroit ont des effets à différents degrés.

Les différentes interactions entre espèces 

La plus connue est celle de prédateur-proie, ou consommateur-ressource. On parle de prédation (y compris pour l’herbivorie).

Mais il y a aussi la compétition (lorsque deux organismes rentrent en conflit pour une même ressource limitée, telle que la nourriture ou encore le territoire). Lorsque la ressource disputée est alimentaire, on parle de compétition trophique.

On a également le parasitisme.

D’autres relations sont bénéfiques aux deux partenaires : on parle de mutualisme. La symbiose par exemple en fait partie.

Toutes ces interactions ont un effet soit positif, soit négatif pour les individus. Cela peut s’exprimer par la mort (cas de la prédation) mais aussi par des résultats plus difficilement mesurables (une plante broutée subit un effet négatif mais ne meurt pas nécessairement). On observe ces effets sur ce qu’on appelle la fitness. Il s’agit de la capacité d’un individu à pérenniser (ça englobe donc sa capacité à se reproduire et à s’adapter, bref c’est un marqueur de la sélection naturelle).

Le cas d’un prédateur

Déjà nous nous rendons compte que les interactions entre espèces ne sont pas si simples qu’il n’y paraît.

Prenons schématiquement une population de prédateurs qui attaquerait une population de proies. Le nombre d’individus ressources (les proies) diminue logiquement par effet de prédation. Leur densité (nombre d’individus au mètre carré) aussi. Ils deviennent donc plus difficiles à chasser. De fait, la population prédateur se retrouve limitée par une ressource trophique devenue rare. Sa fitness en pâtit donc. On peut observer par exemple des individus plus maigres, moins puissants, moins robustes et donc plus fragiles. Cela revient à réguler en retour la taille de la population de prédateurs. Les proies étant moins consommées, leur population s’accroit à nouveau. C’est pour cela qu’on parle d’auto-régulation.

Le prédateur limite la prolifération de l'espèce proie (source image : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibres_pr%C3%A9dateurs-proies)
Le prédateur limite la prolifération de l’espèce proie (source image : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibres_pr%C3%A9dateurs-proies)

Evidemment, ce cas de figure entre une population de prédateur et une population de proie est bien trop simpliste pour représenter la réalité des communautés. Il y a pour chaque cas d’étude de nombreux paramètres à prendre en compte. Les autres compétiteurs pour la même ressource alimentaire, les autres compétiteurs de la ressource, les autres ressources disponibles, les facteurs limitants (comme les maladies en cas de surpopulation), l’impact anthropique (polluants qui se concentrent dans la chaîne alimentaire, fragmentation de l’habitat, destruction de l’habitat, surexploitation des ressources pour la consommation ou le loisir…).

Enfin, il faut garder à l’esprit que la dynamique ressource-consommateur est façonnée par l’évolution mutuelle de ces deux populations. L’évolution est une réponse adaptative à un changement environnemental. Les prédateurs sont une partie de l’environnement des proies, et inversement. Lorsque l’un change en réponse à l’interaction avec l’autre, il stimule par là même le changement chez l’autre.

Un équilibre fragile

Bref, les relations entre les différentes espèces sont donc complexes et en perpétuel mouvement. L’ensemble de ces interactions constitue un équilibre permettant l’existence de toute cette biodiversité. Si un des maillons de cette chaîne vient à se rompre, c’est l’ensemble du système qui en pâtit. La disparition des grands prédateurs a, par exemple, permis la prolifération de certaines proies comme le Sanglier (qui cause de nombreux dégâts chez les agriculteurs). Autre exemple, le Campagnol terrestre pullule mais le Renard voit ses populations régulées par l’Homme qui préfère le considérer comme un « nuisible »…

L'Homme ne peut se substituer à aucun des maillons de cette chaîne (source image : http://www.vazy-jetecrois.com/spip.php?article873)
L’Homme ne peut se substituer à aucun des maillons de cette chaîne (source image : http://www.vazy-jetecrois.com/spip.php?article873)

L’Homme ne peut se substituer à ces prédateurs pour la raison évidente qu’il est une espèce différente. Les prédateurs ne se contentent pas de réguler les densités des espèces proies mais les conditionnent aussi à une certaine occupation de l’espace, des stratégies de déplacement, et tout un tas d’autres facteurs faisant partie de la dynamique des ces populations. Par exemple, ils contribuent à la bonne santé de l’écosystème en prélevant les individus les plus fragiles (âgés, malades). Et nous ne parlons même pas des effets de la présence d’un prédateur sur les autres espèces non proies de son milieu ! Comment pourrions-nous nous substituer à n’importe laquelle de ces espèces de prédateurs ?!

Pour aller plus loin, je vous invite à lire le classique Ecologie, de Ricklefs et Miller (2005, chez De Boeck).

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Les charmantes comptines ou comment stigmatiser les prédateurs dès le plus jeune âge

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Le grand méchant loup
Le grand méchant loup

Nous avons tous grandi avec certains classiques tels que « Les trois petits cochons et le grand méchant loup », ou encore « Le petit chaperon rouge ». Nous avons tous chanté « Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas ». Ne peut-on rien remarquer à propos de ces charmantes histoires ?… Elles stigmatisent toutes le loup comme un être malveillant.

Pourquoi ?

Rappelons-nous que le Loup était présent sur tout le territoire français jusqu’au 19ème siècle, jusqu’à ce que son éradication débute. Il est d’ailleurs appelé « loup maléfique » à l’Époque Moderne, puis « gibier » au 19ème, avant d’être classé comme animal nuisible. En clair, on refuse de vivre avec la présence d’un prédateur naturel dans nos forêts. On refuse de s’adapter. Et puisqu’on en a les moyens, on décide alors de supprimer cet animal si dérangeant.

Sommes-nous donc si stupides ? N’avons-nous pas évolué depuis ces temps obscurs ? Sommes-nous donc toujours incapables de cohabiter avec d’autres prédateurs ? Nous serions donc dans ce cas la seule espèce inapte à survivre dans son environnement, qui se leurre en le modelant à sa convenance. Croyons-nous réellement être capables de faire mieux que Dame Nature ? Il suffit pourtant de regarder n’importe quel JT pour comprendre, sans trop forcer, qu’il y a un problème…

Mais je m’égare… Revenons au sujet principal de cet article.

Le Loup dans les dessins animés
Le Loup dans les dessins animés

Les comptines de notre enfance ont une tendance pernicieuse à catégoriser les prédateurs comme des êtres mauvais, qui cherchent volontairement à nous nuire. Cela ne veut pas pour autant dire que les enfants craindront forcément les loups, les ours, etc. en grandissant, et se mettront naturellement à les haïr. Je pose juste une simple constatation. On peut cependant se demander si le but de ces comptines n’est pas justement de pousser ces futurs citoyens à refuser la présence des prédateurs dans leur milieu. Cela s’apparenterait à de la propagande… Pour l’époque (les années 30, soit au moment où le Loup disparaît de France), on peut comprendre (puisque le gouvernement était dans une démarche volontaire d’éradication du Loup). Mais aujourd’hui ? Sans pour autant dépeindre un animal tout chamallow et tout mimi-gentil, j’aimerais bien lire des histoires de loups majestueux à mon petit garçon.

On constate que Walt Disney a bien évolué sur le plan égalité des sexes. Les Princesses ne sont plus de pauvres écervelées qui attendent leur preux chevalier pour les sauver, les marier et leur faire des gosses. Mais on attend encore de nouvelles histoires qui font l’apologie du Loup, au lieu de le stigmatiser comme un grand méchant abruti, au regard fou. Serait-ce trop dangereux d’un point de vue commercial ? Pourtant, un récent sondage (Ifop, septembre 2013) nous informe que 80% des Français sont opposés à ‘éradication du Loup en France. Il serait temps de suivre la tendance non ? Et de nous sortir une belle histoire comme Disney sait les faire ! Heureusement, les cinéastes n’ont pas attendu pour présenter de manière plus objective les grands prédateurs aux enfants. Je pense notamment au superbe film « Le renard et l’enfant« . Bref, je ne sais pas vous mais moi je montrerai « L’Ours » plutôt que « Pierre et le loup » à mes enfants.

L'Ours - de Jean Jacques Annaud
L’Ours – de Jean Jacques Annaud

L’Ours brun et sa conservation en France

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L'ours brun Ursus arctos
Source : http://www.wwf.fr/s-informer/actualites/les-ours-une-chance-pour-les-pyrenees

L’Ours brun est en déclin depuis l’époque romaine. Vers l’an 1000, il était encore présent dans toutes les forêts de montagne françaises mais ses zones d’habitat se réduisent au 16ème siècle aux parties les plus inaccessibles des Vosges, du Jura, du Massif Central, des Alpes et des Pyrénées. A la fin du 18ème siècle, le développement des activités humaines telles que le pastoralisme ou l’exploitation forestière accentue sa disparition et au milieu du 19ème siècle, sa présence n’est plus constatée que dans 14 départements : dans le Jura (d’où il disparait vers 1860), dans les Alpes (où la dernière observation d’ours a eu lieu en 1937) et dans les Pyrénées (où sa population atteint quasiment l’extinction à la fin du 19ème siècle avec seulement 6 individus).

L’Ours brun est l’espèce la plus répandue des Ursidés. Il occupe environ 5 millions de km² au nord-ouest de l’Amérique du Nord, 800 000 km² en Europe, et la plupart du nord de l’Asie. Ses populations les plus importantes sont en Russie, Alaska et au Canada. Du fait de cette grande répartition, Ursus arctos figure dans la catégorie « moins concerné » sur la liste rouge de l’UICN. Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi conserver l’Ours en France ?

Déjà parce que la France a des obligations légales. Elle s’est engagée à conserver la biodiversité en ratifiant la Convention sur la Diversité Biologique.

De plus, l’Ours brun figure en Annexes 2 & 4 de la directive Habitats, qui regroupent respectivement les espèces dont la conservation nécessite la désignation de Zones Spéciales de Conservation et les espèces strictement protégées.

Il figure aussi en Annexe II de la Convention de Berne, c’est-à-dire comme espèce strictement protégée. La France, doit donc prendre des mesures pour maintenir une population d’Ours viable.

Enfin, par sa résolution du 17 février 1989, le Parlement européen invite la Commission européenne à favoriser l’émergence de programmes pour la protection de l’Ours brun en Europe et à soutenir les programmes existants. Et par sa résolution du 22 avril 1994, le Parlement européen invite la Commission européenne à ne pas soutenir et ne pas financer le développement d’activités ayant un impact négatif sur les populations d’ours.

En outre, l’Homme est responsable de la 6ème crise d’extinction, et notamment de la disparition de l’Ours dans les Pyrénées. Il se doit de conserver cette espèce pour sa valeur d’existence, mais aussi pour sa valeur de legs.

Enfin, l’Ours a une valeur écologique. Il améliore l’état sanitaire des populations en prélevant les individus les plus faibles, c’est-à-dire les malades et les âgés. Il est scientifiquement reconnu que plus un milieu est diversifié, mieux il répond aux perturbations, qu’elles soient naturelles ou anthropiques.

Sans la capture en Slovénie et le relâcher de 2 femelles en 96 et d’un mâle en 97 dans le cadre du programme de réintroduction en Pyrénées centrales, l’Ours brun aurait disparu de France. Mais en 97 et 2004, deux ourses suitées ont été abattues. Bien que la réintroduction ait amené la population d’Ours des Pyrénées à une quinzaine d’individus en 2003, celle-ci ne peut pas être considérée comme viable à long terme du fait d’un nombre de femelles insuffisant et de problèmes de consanguinité. Le gouvernement français a ainsi mis en œuvre un plan de renforcement avec un apport de 4 femelles & d’un mâle au printemps 2006.

L’arbre généalogique suivant récapitule les réintroductions d’ours et l’évolution de la population depuis 1996. On constate malheureusement une mortalité élevée et rapide des ours réintroduits. Ce qui nous amène une nouvelle fois à rappeler que la survie d’une espèce ne peut se faire sans la volonté des populations humaines locales à défendre leur patrimoine sauvage.

Arbre généalogique de la population d’ours brun dans les Pyrénées de 1996 à 2012. O.N.C.F.S. Equipe Ours
Arbre généalogique de la population d’ours brun dans les Pyrénées de 1996 à 2012. O.N.C.F.S. Equipe Ours

Le guépard, un prédateur hyper-spécialisé

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Le guépard Acinonyx jubatus

Le guépard

1 Présentation

1.1 Systématique

Le guépard appartient à la famille des Felideae. C’est le seul représentant de la famille des Acinonichidés. Acinonyx jubatus est la seule espèce du genre Acinonyx. Il existe cinq sous-espèces qui se répartissent essentiellement en Afrique :

  – Acinonyx jubatus jubatus

  – Acinonyx jubatus raineyi

  – Acinonyx jubatus soemmeringii

  – Acinonyx jubatus hecki

  – Acinonyx jubatus venaticus

1.2 Biotope

Répartition du guépard
Répartition du guépard

Le Kenya, la Tanzanie et la Namibie concentrent l’essentiel des effectifs du guépard, grâce aux réserves.

Il existe actuellement 9000 à 12000 guépards à l’état sauvage, dont 300 à 500 dans le Sahara.

Biotope du guépard
Biotope du guépard

Le Guépard est, essentiellement, un animal des grands espaces. Il vit dans les savanes herbeuses et les zones légèrement boisées, les fourrés à acacias ou la brousse aride. Il vit de préférence en biotope ouvert, de savanes et steppes semi-désertiques.

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2 Adaptations

2.1 Camouflage

Camouflage du guépard
Camouflage du guépard

Le Guépard aime surtout la savane herbacée qui lui permet de dissimuler son approche. Son pelage va de l’or pâle à l’ocre, voire au brun fauve. Il est couvert de taches noires pleines, équidistantes. La gorge, la poitrine et le ventre sont plus pâles, parfois même blancs. Sur le cou et les épaules, la fourrure est plus épaisse et forme une courte crinière hirsute (jubatus signifie crinière). Cette crinière est plus développée chez les jeunes (ce qui les distingue des autres félidés) et s’étend en longs poils argentés sur toute la longueur du corps, la tête, les épaules et sur tout le dos. Elle ressemble à celle du très agressif ratel et certains pensent qu’elle pourrait ainsi protéger les petits en trompant les prédateurs.

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2.2 Reproduction

Portée de guépards
Portée de guépards

Tout est étudié pour maximiser les chances d’avoir une descendance :

– D’abord, les accouplements ont lieu toute l’année. La gestation dure environ 3 mois.

– Ensuite, la femelle met bas 1 à 8 jeunes par portée (par comparaison la lionne n’en a que 1 à 4).

– Il s’écoule 15 à 18 mois entre deux portées. Mais si la femelle perd une portée, alors elle redevient aussitôt féconde.

– Pour éviter trop de mortalité, la femelle transporte régulièrement ses petits dans sa gueule dans différentes tanières.

2.3 Course

Course du guépard
Course du guépard
Course du guépard
Course du guépard

Le guépard est capable d’atteindre 75Km/h en 2 secondes (départ arrêté), et peut courir jusqu’à 115Km/h pendant quelques secondes. Pendant ce sprint, il parcourt jusqu’à 7 à 8 m en une foulée, et accomplit jusqu’à 4 foulées à la seconde. En poursuite, ses pattes ne touchent plus le sol sur la moitié de la distance.

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2.3.1 Allure générale

Allure du guépard
Allure du guépard

Le guépard est un grand félin de 112cm à 150cm sans la queue. Celle-ci mesure jusqu’à 84cm. Aussi grand qu’une panthère, il ne pèse cependant que 35 à 60Kg, ce qui lui confère une allure élancée et légère, ressemblant à celle d’un lévrier. Ses hanches sont de plus particulièrement puissantes et ses épaules très hautes (jusqu’à 1m).

2.3.2 Membres, squelette et queue

  • Squelette

Le guépard a un long corps fluide bâti sur des os légers. La colonne vertébrale est arquée et très flexible : elle se détend ou s’arrondit pour lui permettre de faire des bonds de 6 à 8 mètres, c’est-à-dire autant qu’un cheval. Elle effectue un travail de ressort pendant la course, aidant les pattes postérieures à la propulsion à chaque foulée, en s’arquant puis en se détendant brusquement. Particulièrement longue, elle contribue à allonger la foulée pendant la phase de détente.

Colonne vertébrale arquée et très flexible
Une colonne vertébrale arquée et très flexible
Queue contre-poids
Une queue contre-poids

La queue, également très longue, sert de contrepoids lors des brusques changements de direction, afin de conserver l’équilibre.

Le Guépard se sert de cette agilité pendant la course pour surprendre des proies plus grandes que lui, incapables de réagir suffisamment vite.

Son crâne est proportionnellement beaucoup plus petit et rond que celui des autres félins, ce qui contribue à l’alléger. Toutefois cela le rend également moins résistant. Enfin, ses oreilles sont courtes et rondes, pour limiter la prise au vent.

Crâne de guépard
Crâne de guépard
Crâne de jaguard
Crâne de jaguar

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  • Membres

Les pattes postérieures, très sollicitées pour la propulsion, sont très puissantes.

Vue de dessous de pattes de guépard (a) et de jaguar (b)
Vue de dessous de pattes de guépard (a) et de jaguar (b)

Les griffes du guépard ne sont pas pourvues de fourreaux, comme celles des autres félins. Elles sont rétractiles, tout le complexe tendineux est présent et fonctionnel, mais elles sont en permanence en contact avec le sol, car non cachées. Cette particularité confère à l’animal une excellente adhérence lors des accélérations très violentes qu’il effectue, ou lors des changements de direction. Cela optimise ses performances (le nom de genre Acinonyx, qui signifie « ne bouge pas ses griffes », est donc assez inapproprié).

Les mouvements des membres sont réduits à un déplacement antéro-postérieur, afin d’augmenter la stabilité : Le mouvement de l’articulation du radius (au niveau de son contact avec les métacarpes) est très contraint par la présence d’un fibrocartilage très solide qui limite ainsi au maximum la pronation et la supination (donc il maintient cette articulation parfaitement dans l’axe, et évite tout risque de blessure type entorse sur une réception de saut ratée par exemple). Ceci est important du fait des contraintes imposées aux pattes (110Km/h et sauts de 8m). Cette articulation est de plus composée de rainures profondes, donc très bien « emboîtée », ce qui évite les déboîtements intempestifs inhérents aux mêmes contraintes. Les tendons des muscles extenseurs de cette articulation sont fermement maintenus dans de profondes rainures, toujours par soucis de solidité et de « fiabilité ». Tout a pour but de limiter au maximum les flexions excessives de cette articulation, et donc entre autres les blessures.

Les pattes des guépards sont donc plus solides que celles des autres félins. Ceci apparaît cependant comme une nécessité dans la mesure ou ces dernières sont plus longues et plus fines. Elles doivent donc être le plus rigide possible, dans un souci de rendement optimal : pas de flexions parasites à l’accélération ou dans les changements de direction par exemple, sources de déperdition d’énergie. Elles doivent résister à des contraintes latérales et longitudinales, et au niveau des articulations.

Les coussinets sont eux aussi particulièrement durs, pour une restitution optimale de l’énergie et minimiser les déperditions liées à une torsion à cause d’amorti. Ils ont de plus un rôle dans l’adhérence, comme des crampons pour les changements de direction et les accélérations.

Diverses adaptations permettent au guépard d’augmenter la longueur de sa foulée, alors que d’autres influent sur la fréquence de celles-ci.

Augmentation de la longueur de la foulée :

  – allongement des membres (digitigradie et allongement métacarpien/métatarsien)

– petites clavicules et omoplates verticales augmentent l’amplitude et la liberté des mouvements antéro-postérieurs des pattes, en débridant l’articulation des épaules.

Augmentation de la fréquence des foulées :

  – réduction de la masse de la partie distale des membres : les radius et cubitus du guépard sont droits (ce qui limite la quantité de matière pour une même longueur par rapport à un os courbe) et minces. Ceci permet en outre de minimiser l’effort à produire par l’articulation axiale du membre (l’épaule), en décalant le centre de gravité vers l’axe.

  • Cœur et système respiratoire

La cage thoracique du guépard est très profonde, mais aussi étroite et aplatie pour laisser un maximum de place à ses grands poumons tout en optimisant la souplesse et la liberté de mouvement des pattes. Le volume pulmonaire est important, les narines sont élargies, et les canaux nasaux sont plus grands que ceux des autres félins ; ce qui confère au guépard une capacité pulmonaire deux fois supérieure à celle des autres mammifères à poids égal.

Ensuite, le guépard possède un gros cœur : ceci lui permet de limiter la fréquence cardiaque par rapport à un petit cœur : il envoie en un battement autant de sang qu’un petit en plusieurs battements.

2.4 Chasse

Le guépard, chasseur diurne
Le guépard, chasseur diurne

La plupart du temps, le guépard chasse seul, jamais la nuit mais surtout tôt le matin. Contrairement à d’autres félins, il ne se met pas à l’affût, mais il repère sa proie à vue à une grande distance. Il profite d’un monticule, comme par exemple d’une termitière, pour observer les alentours. Il l’approche alors, lentement, tête basse, mais il n’avance pas tapis comme la plupart des autres félins. A quelques dizaines de mètres de sa proie, le guépard commence la poursuite, tout d’abord par un trot, puis grâce à une accélération très rapide, il atteint 70 Km/h en 2 secondes. Il effectue un sprint très rapide sur une distance ne dépassant pas 300 mètres. La chasse dure habituellement moins d’une minute. Le guépard renverse sa proie d’un coup de patte en la frappant aux hanches ou la tire au sol en s’agrippant à ses flancs par l’ergot acéré de sa patte antérieure, équivalent du pouce. Il saisit ensuite l’animal à la gorge, le maintenant ainsi 5 à 10 minutes jusqu’à ce qu’il l’étouffe.

Le guépard en pleine chasse
Le guépard en pleine chasse

Ses proies principales sont les gazelles de Thompson et de Grant, les impalas, les kobs et les gnous mais il prend aussi de plus petits animaux : lièvres, rongeurs et porcs-épics. Au Kenya, il s’attaque aux koudous, aux gazelles de Waller et aux dik-dik ; en Afrique australe, aux springboks, aux jeunes koudous, aux phacochères et aux impalas ; au Sahara, aux gazelles dorcas et dama, aux mouflons à manchettes, aux autruches et aux outardes. Le Guépard a des besoins assez modestes. Il boit peu et mange moins de 10 kg de viande par jour. Dans les régions arides, le guépard a rarement besoin de se désaltérer mais assouvit ses besoins d’humidité avec le sang, la chair et l’urine de ses proies. Dans le désert du Kalahari, il boirait même le jus des melons.

3 Contreparties de cette adaptation extrême à la course

3.1 Aspects physiologiques du sprint et conséquences

Le « choix » de la course par le guépard s’est cependant fait au prix de contreparties non négligeables. En effet, l’effort de sprint est extrêmement exigeant sur le plan physiologique.

Cela se traduit en premier lieu par une forte augmentation de sa température interne (liée à la dissipation calorique des muscles). En effet, théoriquement, au delà de 300m de sprint à 110 Km/h, celle-ci peut dépasser les 41°C et devenir dangereuse, notamment pour son cerveau. (Dans les cas extrêmes, cela peut aboutir à la mort de l’animal). Ceci représente une des causes de limitation de la durée de son sprint, et augmente d’autre part fortement la durée de sa récupération après l’effort.

Ensuite, cet effort lui demande de dépasser, et de beaucoup, son seuil anaérobique. C’est à dire que sa fréquence ventilatoire, et le volume d’air qu’il peut inspirer et expirer à chaque cycle deviennent très insuffisant pour répondre aux besoins des muscles. Et pourtant nous l’avons vu, son système respiratoire est exceptionnellement développé.

Deux autres mécanismes limitants se mettent alors en place :

  • Tout d’abord, il faut savoir que le guépard sollicite un très grand nombre de muscles, et d’une manière très intense : les pattes bien sûr, mais toute la colonne vertébrale, le cou, la queue, etc. Ceci requiert donc un volume d’apport en oxygène très important. Par conséquent, on assiste à une adaptation physiologique qui privilégie l’apport d’oxygène vers les muscles, et délaisse partiellement le cerveau notamment. Celui-ci se trouve alors en hypoxie, ce qui entraîne inévitablement l’arrêt de la poursuite. Parfois l’animal peut s’évanouir suite à son sprint du fait de cette sous alimentation en oxygène du cerveau, et ce même s’il a pu attraper sa proie.

  • D’autre part, une autre contrepartie du sprint est celle de la production et accumulation d’acide lactique lors d’effort intense. Deux hypothèses sont faites à ce sujet :

  – Soit le sprint est maximal et dans ce cas il n’y a pas de problème, car pas de production d’acide lactique, donc aucune accumulation dans les muscles. En effet dans ce cas l’ATP prend le relais du glycogène comme source d’énergie des muscles. Si c’est ce qu’il se passe, cela n’a donc aucun impact sur le temps de récupération de l’animal.

  – Soit, autre possibilité, une accumulation d’acide lactique aboutirait à perturber la contraction musculaire. Cela implique que le sprint soit un peu en dessous de l’effort maximal, ce qui signifierait que le guépard cherche à optimiser ses chances de réussite en augmentant un peu la durée de sa course. Dans ce cas l’effort est toujours réalisé en anaérobie. Et le problème c’est que dans ce cas, c’est le glycogène qui sert de source d’énergie principale pour les muscles, et que cette glycolyse produit de l’acide lactique. Celui-ci ne pouvant être dégradé à cause du manque d’oxygène (effort anaérobique), il s’accumule dans les muscles du guépard. C’est cette accumulation finit par perturber voir empêcher la contraction musculaire, ce qui contribuerait donc à expliquer l’arrêt forcé du sprint au bout de 300m à 110Km/h (soit environ 10sec de sprint), et surtout le temps de récupération imposé. En effet, toute contraction puissante devient alors impossible pour espérer pouvoir défendre sa proie contre d’éventuels opportunistes…

Après la chasse, le guépard est très vulnérable
Après la chasse, le guépard est très vulnérable

3.2 Vulnérabilité du Guépard

Tout ceci fait que le guépard se retrouve très vulnérable après sa chasse, et ce qu’il soit ou non parvenu à attraper une proie. En effet, il doit faire avec une température interne très élevée, un manque d’oxygénation du cerveau, une fréquence ventilatoire élevée, et donc probablement une accumulation d’acide lactique dans les muscles ralentissant ses mouvements et lui retirant toute endurance…

C’est pourquoi il est très fréquent que le guépard se fasse voler sa proie par un autre prédateur concurrent comme le lion, ou le léopard. Il est même fréquent que des canidés charognards comme les hyènes ou les lycaons, ou même des vautours la lui volent. En effet, ceux-ci arrivent une fois le « travail terminé », et n’ont plus qu’à se servir, car le guépard ne peut opposer aucune résistance

Mais il ne faut pas oublier que de toutes façons le guépard n’est pas armé pour se battre contre des lions ou autres. En effet le développement de son système respiratoire s’est fait au détriment de la taille de sa dentition notamment : les narines agrandies occupent beaucoup de place et n’en laissent plus suffisamment pour laisser s’implanter les racines d’une forte dentition. Ses dents sont donc beaucoup plus petites que celles des autres carnivores concurrents. Il ne risquera jamais à une confrontation, car la moindre blessure l’handicaperait pour la course, et il ne pourrait donc plus se nourrir.

Enfin, le métabolisme élevé qu’impliquent de tels efforts de course lui impose de se nourrir uniquement de chair très fraîche, donc immédiatement après sa chasse. C’est pourquoi il ne peut se nourrir de charognes, et doit absolument éviter de se faire voler sa proie pendant sa longue récupération. De même, il doit manger les parties les plus riches, les plus énergétiques, c’est à dire les muscles. C’est pourquoi il délaisse les viscères par exemple, qui ne lui apportent pas ce dont il a réellement besoin.

4 Statut

L’exemple du guépard montre comment une très forte spécialisation peut être également un handicap.

Les guépards ont une variabilité génétique anormalement basse et une incidence élevée de semence anormale. On pense qu’ils ont subi une période prolongée de consanguinité.

Dans bien des cas, les guépards sont menacés par les activités agropastorales (la réduction du nombre de proies causée par la concurrence du bétail pour les pâturages, par la transformation de la savane en terres cultivées et par les représailles que les agriculteurs exercent à leur encontre pour protéger leur bétail). Mais, paradoxalement, du fait même de la forte prédation exercée par les autres carnivores sur leurs petits, les guépards ont peut-être une meilleure chance de survivre en dehors des aires protégées qu’à l’intérieur.

Le Guépard est inscrit sur la liste IUCN : espèce vulnérable (sous-espèce africaine menacée, sous-espèce asiatique en situation critique) ainsi que sur l’U.S. ESA : espèce menacée. Il est inscrit à l’appendice I de la CITES (Convention on International Trade in Endangered Species).

5 Bibliographie

Sitographie :

http://www.wikipédia.fr
www.cheetahspot.com
http://home.globalcrossing.net/~brendel/
http://www.bluelion.org/lowgraphiccheetah.htm
http://www.gepardenland.de
http://www.dinosoria.com/guepard.htm
http://www.sandiegozoo.org/
http://www.predatorconservation.com/cheetah.htm
http://animaldiversity.ummz.umich.edu/site/accounts/information/Acinonyx_jubatus.html
http://www.africat.org/
http://www.cheetah.org/
http://www.cheetahspot.com/
http://dialspace.dial.pipex.com/agarman/cheetah.htm
http://nationalzoo.si.edu/Animals/AfricanSavanna/ccsexhibit.cfm
http://www.catsg.org/
http://www.carnivoreconservation.org/
http://www.africanconservation.org/
http://www.kws.org/
http://www.habari.co.tz/carnivores/
http://www.zoo.cam.ac.uk/ioz/projects/tanzania_carnivores_darwin_project.htm
http://www.tawiri.org/index.html
http://www.animalpicturesarchive.com/list.php?qry=king%20cheetah

Bibliographie :

  • P.-C. ALDEN, R.-D. ESTES, D. SCHLITTER et B. McBRIDE. (2001). Photo-guide des animaux d’Afrique, chez Delachaux et Niestlé

  • LAURENT COCHERO. (2005). Félins, chez Flammarion

  • PETER JACKSON et ADRIENNE FARRELL JACKSON. (1996). Les félins, chez Delachaux et Niestlé

  • THIERRY LODE. (2001). Les stratégies de reproduction chez les animaux. L’aventure évolutive de la sexualité, chez Dunod

  • GERALDINE VERON. (1997). Les carnivores. Adaptations et fonctions chez les vertébrés, chez Masson

  • JIRI GAISLER et JAN ZEDJA. (1995). La grande encyclopédie des mammifères, chez Gründ

  • SIMON TILLIER. (1992). Encyclopédie du règne animal de A à Z, chez Bordas

Le loup, vrai faux problème du pastoralisme

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Loup, pour en finir avec les contre-vérités

Le 20 décembre 2012 dix associations publient un document visant à démentir une bonne fois pour toute les accusations portées à tord contre le loup. Intitulé « LOUP Pour en finir avec les CONTRE-VERITES sur le pastoralisme et la chasse » (disponible ici), ce texte d’une dizaine de pages s’attaque aux à priori les plus courants.

Il est intéressant de rappeler ici certains faits liés au pastoralisme.

Lorsqu’un animal est retrouvé mort, une enquête est menée afin de déterminer si le loup est impliqué dans le décès. Si c’est le cas, ou bien si on ne peut pas exclure cette hypothèse (dans le doute comme on dit…) l’éleveur est indemnisé. Certes, le préjudice moral n’est pas pris en compte. Mais rappelons tout de même que les bêtes sont destinées à l’abattoir (et nous ne parlons même pas des conditions de transport et d’abattage)…

La majorité de la perte de brebis n’est pas due au loup mais à d’autres facteurs contre lesquels les lobbies ne peuvent rien : maladies, parasitisme, chutes, disparitions dans les estives, chiens errants… Les pertes attribuées au loup (y compris celles dont le doute est maintenu mais qui bénéficient, je le rappelle, à l’éleveur) s’élèvent au maximum à 0,6% par an depuis 10 ans dans les secteurs concernés. Mais l’impact psychologique reste élevé dans notre pays…

Rappelons que d’autres aides sont mises en place afin d’aider les éleveurs à lutter contre cette prédation : garde des troupeaux, clôtures, chiens de protection type patou… Bref, des pratiques évidentes à une autre époque, où nos aïeux avaient l’habitude de côtoyer tous les animaux sauvages présents sur leur lieu de travail.

L’élevage ovin en France subit une grave concurrence internationale : l’agneau britannique, irlandais et néo-zélandais coûte bien moins cher. En outre, de moins en moins de consommateurs achètent de la viande ovine. Le cheptel français s’est vu réduit d’un tiers en 20 ans, concentré en exploitations de plus en plus grandes, avec moins de main d’oeuvre (donc moins de surveillance des troupeaux). Ces difficultés étaient déjà bien présentes dans la filière avant le retour (naturel, rappelons-le) du loup en France. Le problème est donc clairement ailleurs.

Pour enfoncer le clou, prenons l’exemple de l’Espagne qui est autosuffisante à 116% avec ses 2000 loups, et l’Italie à 67% avec ses 600 à 900 loups. La France, elle, n’est autosuffisante qu’à hauteur de 51%. De plus, les régions les plus en difficulté sont exempts de ce prédateur si terrorisant. La PACA est celle qui s’en sort le mieux, avec son loup présent depuis une vingtaine d’années. De là à faire une chouette corrélation entre la présence du loup et la réussite de l’élevage ovin…

Le loup sert de bouc-émissaire à l’Etat pour calmer quelques excités de la gâchette. Il n’est ni le problème des troubles que connaît la filière ovine, ni le responsable de tous les maux qu’on voudrait bien l’accuser. Il sert d’écran de fumée tout simplement, pour cacher les réelles difficultés du pastoralisme français.

Ceux-là même qui prétendent défendre le pastoralisme en France en s’attaquant au loup ne font que se tromper de cible, et, ce faisant, scient la branche sur laquelle ils sont assis.