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[Un peu de poésie] L’Aigle et l’Escarbot

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L'Aigle, le lapin et l'escarbot (source image : http://www.musee-jean-de-la-fontaine.fr/jean-de-la-fontaine-fable-fr-25.html)
L’Aigle, le lapin et l’escarbot (source image : http://www.musee-jean-de-la-fontaine.fr/jean-de-la-fontaine-fable-fr-25.html)

L’Aigle et l’Escarbot

L’Aigle donnait la chasse à maître Jean Lapin,
Qui droit à son terrier s’enfuyait au plus vite.
Le trou de l’Escarbot se rencontre en chemin.
Je laisse à penser si ce gîte
Etait sûr ; mais ou mieux ? Jean Lapin s’y blottit.
L’Aigle fondant sur lui nonobstant cet asile,
L’Escarbot intercède, et dit :
« Princesse des Oiseaux, il vous est fort facile
D’enlever malgré moi ce pauvre malheureux ;
Mais ne me faites pas cet affront, je vous prie ;
Et puisque Jean Lapin vous demande la vie,
Donnez-la-lui, de grâce, ou l’ôtez à tous deux :
C’est mon voisin, c’est mon compère.  »
L’oiseau de Jupiter, sans répondre un seul mot,
Choque de l’aile l’Escarbot,
L’étourdit, l’oblige à se taire,
Enlève Jean Lapin. L’ Escarbot indigné
Vole au nid de l’oiseau, fracasse, en son absence,
Ses oeufs, ses tendres oeufs, sa plus douce espérance :
Pas un seul ne fut épargné.
L’Aigle étant de retour, et voyant ce ménage,
Remplit le ciel de cris ; et pour comble de rage,
Ne sait sur qui venger le tort qu’elle a souffert.
Elle gémit en vain : sa plainte au vent se perd.
Il fallut pour cet an vivre en mère affligée.
L’an suivant, elle mit son nid plus haut.
L’Escarbot prend son temps, fait faire aux oeufs le saut :
La mort de Jean Lapin derechef est vengée.
Ce second deuil fut tel, que l’écho de ces bois
N’en dormit de plus de six mois.
L’Oiseau qui porte Ganymède
Du monarque des Dieux enfin implore l’aide,
Dépose en son giron ses oeufs, et croit qu’en paix
Ils seront dans ce lieu ; que, pour ses intérêts,
Jupiter se verra contraint de les défendre :
Hardi qui les irait là prendre.
Aussi ne les y prit-on pas.
Leur ennemi changea de note,
Sur la robe du Dieu fit tomber une crotte :
Le dieu la secouant jeta les oeufs à bas.
Quand l’Aigle sut l’inadvertance,
Elle menaça Jupiter
D’abandonner sa Cour, d’aller vivre au désert,
Avec mainte autre extravagance.
Le pauvre Jupiter se tut :
Devant son tribunal l’Escarbot comparut,
Fit sa plainte, et conta l’affaire.
On fit entendre à l’Aigle enfin qu’elle avait tort.
Mais les deux ennemis ne voulant point d’accord,
Le Monarque des Dieux s’avisa, pour bien faire,
De transporter le temps où l’Aigle fait l’amour
En une autre saison, quand la race Escarbote
Est en quartier d’hiver, et, comme la Marmotte,
Se cache et ne voit point le jour.

Par Jean de la Fontaine – (Recueil 1, Livre 2, Fable 8)

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A quoi servent les associations ?

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Logos de quelques associations environnementales
Logos de quelques associations environnementales

Certains pensent que les associations pour l’environnement ont pour unique but de les emmerder. Un mode de vie bien vain en vérité… D’autres pensent que c’est une manière d’exprimer une sorte de douce folie à la mode des « bobos écolos », ou encore de se donner bonne conscience (« je pollue mais je suis membre d’une association de protection des oiseaux alors ça va, je compense… »).

N’en déplaise à tous ces idiots qui savent bien sûr mieux que les autres, sans faire le moindre effort intellectuel cela va sans dire, les associations environnementales ont plus d’une raison d’être, et plusieurs causes légitimes d’agir (s’il en fallait).

Nul ne remettra en doute – sans passer pour un demeuré soyons clairs – le fait avéré suivant : les conséquences du développement démographique pèsent de plus en plus sur l’environnement. Un diagnostic terrifiant découle de ce postulat : le processus de destruction de la nature s’accélère. Les associations environnementales, conscientes de ce danger, partagent une même éthique : une profonde conscience d’une responsabilité pour les générations futures. Leur but ? Changer le cours des choses. Tout simplement.

Voyons un peu comment…

L’association permet de créer les conditions d’une rencontre entre l’Homme et la Nature

La première action de l’association environnementale est d’inviter le public à découvrir la nature par le biais de guides nature, d’écotourisme, d’animations scolaires, bref d’éducation à l’environnement. En fournissant du matériel et en mettant à disposition des compétences, l’association facilite la découverte de la nature pour tous.

De fait, le grand public acquiert un autre regard sur la nature qui se retrouve valorisée. Il prend ainsi conscience de sa valeur et de sa fragilité, et donc de la nécessité de la protéger de la pression anthropique. L’association lui donne ensuite les moyens de passer à l’acte en agissant concrètement pour la sauvegarde de la biodiversité : bénévolat, écovolontariat (missions courtes), chantiers nature…

L’association environnementale prouve à tous que l’on peut changer les choses. La destruction de la nature n’est pas inéluctable si chacun contribue à la sauver.

Les outils de l’association

En premier lieu, une association doit recruter le plus de membres possible, toujours, afin de mieux faire percoler ses valeurs.

Elle peut engager différentes actions :

– économique : boycott, éco-label
– administrative : traité international, intervention sur un Plan Local d’Urbanisme
– politique : lobbying local à européen,
– scientifique : programmes pour la biodiversité,
– foncière : acquisitions ou legs,
– juridique : symbolique et veille,
– éducative : enseignement,
– sociale : prosélytisme, débat public,
– médiatique : communiqués et actions.

L’évolution des mentalités

Logos des Parcs Nationaux et Régionaux de France
Logos des Parcs Nationaux et Régionaux de France

Les années 1950 connurent l’intensification de l’agriculture. Les années 60 l’industrialisation à grande échelle. Tout ceci a conduit à l’accélération des dispositifs de protection de l’environnement, et à la création du premier Parc National en 1963 (Vanoise). Le ministère de l’environnement quant à lui vit le jour en 1971.

Il faut savoir que l’évolution des mentalités est généralement plus rapide dans l’opinion publique que chez les élus. En gros, la société évolue, les mentalités suivent ce mouvement, et pour finir le gouvernement entérine ce changement par une nouvelle loi.

L'évolution de la législation fait suite à l'évolution des mentalités
L’évolution de la législation fait suite à l’évolution des mentalités
La logique pécuniaire...
La logique pécuniaire…

Aujourd’hui, on peut se féliciter de l’énorme prise de conscience de l’écologie par le grand public. Des termes comme « biodiversité » ou « changement climatique » font dorénavant partie du vocabulaire usuel et ne sont plus l’apanage de quelques spécialistes. La protection de la nature est un besoin vital qui est bien encré dans les mentalités. Mais, malgré cette prise de conscience de masse, la volonté politique se fait encore attendre. Pire, l’intérêt de quelques uns prime encore sur la sauvegarde de l’environnement (ce qui revient à dire que l’intérêt pécunier à court terme est privilégié à l’avenir de l’humanité sur la Terre). Aberrant, n’est-ce pas ? Les associations environnementales ont donc encore beaucoup de pain sur la planche. Sans oublier qu’il faut encore et toujours lutter contre tous les obscurantismes et les superstitions, qui plombent tous les débats d’une manière générale, y compris ceux liés au développement durable.

Pour connaître les associations environnementales, vous trouverez une liste (non exhaustive évidemment) sur le site de Carnivores et alors.

[Un peu de poésie] Poème pour le jaguar

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Le Jaguar (source : http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/jaguar/178179)
Le Jaguar (source : http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/jaguar/178179)

Le Rêve du Jaguar

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,
Dans l’air lourd, immobile et saturé de mouches,
Pendent, et, s’enroulant en bas parmi les souches,
Bercent le perroquet splendide et querelleur,
L’araignée au dos jaune et les singes farouches,
C’est là que le tueur de boeufs et de chevaux,
Le long des vieux troncs morts à l’écorce moussue,
Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.
Il va, se frottant ses reins musculeux qu’il bossue;
Et, du mufle béant par la soif alourdi,
Un souffle rauque et bref, d’une brusque secousse,
Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,
Dont la fuite étincelle à travers l’herbe rousse.
En un creux du bois sombre interdit au soleil
Il s’affaisse, allongé sur quelque roche plate;
D’un large coup de langue il se lustre la patte,
Il cligne ses yeux d’or hébétés de sommeil;
Et, dans l’illusion de ses forces inertes,
Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,
Il rêve qu’au milieu des plantations vertes,
Il enfonce d’un bond ses ongles ruisselants
Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

Poèmes Barbares, Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894)

Source : Chapron G. & Moutou F., 2002. L’Étude et la Conservation des Carnivores. Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères. Paris. 167p.

[Un peu de poésie] Chanson sur le retour du Lynx

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Le Lynx par Ghislaine Letourneur (source : http://www.crea-gl.com/archives/2012/03/15/23726071.html)
Le Lynx par Ghislaine Letourneur (source : http://www.crea-gl.com/archives/2012/03/15/23726071.html)

 

Chanson du CM2 de Weibruch (67), 1987

« Quelque part dans les Vosges, une étrange rencontre : deux yeux noirs perçants, une fourrure douce et mouchetée, qui se faufile entre les arbres, suivie d’une queue bien courte. Parfois surgissent deux oreilles ornées d’un pinceau de poils noirs; sur le sol, une impressionnante empreinte d’un très gros chat. Mais oui, il est revenu le Lynx !

Il est revenu, il est revenu chez nous…
avec ses yeux noirs et son pelage doux.
Toi l’invité de nos forêts, sauras-tu nous faire rêver,
toi, l’invité de nos forêts, nous venons te chanter… »

Source : Encyclopédie des Carnivores de France n°19, Le Lynx boréal Lynx lynx (Linné, 1758) par Philippe STAHL et Jean-Michel VANDEL (Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères, 1998)

Le piégeage en France

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Piège à loup
Piège à loup (source image : http://ricjasforetmontargis.wifeo.com/maison-de-la-foret-paucourt-montargis-ame-agglomeration-montargoise-et-rives-du-loing.php)

J’apprends récemment qu’il y a des pièges à loups dans la forêt qui borde mon lotissement. Hum ! Charmant… En plus d’être illégal je suppose, cela est peu rassurant : les balades que je fais ne suivent pas toujours les sentiers battus, surtout avec le chien. Et que dire de la sécurité des enfants (et de nous aussi !) ?

Je me suis alors posé la question de la réglementation en matière de piégeage sur le territoire français. Surtout après l’article sur les nuisibles. J’ai donc tapé « loi piégeage France » sur Google pour commencer. Quelle ne fut pas ma surprise de constater l’absence de liens vers le site officiel du gouvernement. Un pauvre pdf de l’oncfs datant de 2007 figure bien en 2ème position, mais c’est tout. Le gouvernement ferait bien de s’occuper un peu de son référencement, et surtout de sa communication d’une manière générale…

Bref. Menant mes recherches, je découvre l’encadrement de la destruction des animaux dits nuisibles (voir la liste complète par département). Voici donc les modalités figurant sur l’arrêté de 2012 :

Pour la Belette Mustela nivalis, la Fouine Martes foina, la Martre Martes martes et le Putois Mustela putorius :
– piégeage toute l’année uniquement à moins de 250 m d’un bâtiment ou d’un élevage ou sur des terrains consacrés à l’élevage avicole ou apicole pour la Martre,
– piégeage autorisé également sur des territoires désignés dans le schéma départemental de gestion cynégétique où sont conduites des actions visant à la conservation et à la restauration des populations de faune sauvage nécessitant la régulation des prédateurs (une totale aberration selon moi),
– destruction par tir sur autorisation individuelle délivrée par le préfet (cas particulier, voir aussi dates dans l’arrêté).

Pour le Renard Vulpes vulpes :
– piégeage toute l’année en tout lieu,
– enfumage autorisé avec des produits non toxiques,
– peut être déterré avec ou sans chien,
– destruction par tir sur autorisation individuelle délivrée par le préfet (cas particulier, voir aussi dates dans l’arrêté).

Pour le Corbeau freux Corvus frugilegus et la Corneille noire Corvus corone corone :
– piégeage toute l’année en tout lieu (appâts carnés interdits dans les cages à corvidés),
– tir autorisé (dates à consulter dans l’arrêté) sans être accompagné de chien dans l’enceinte de la corbeautière ou à poste fixe matérialisé de main d’homme, avec prolongation de la période sur autorisation individuelle délivrée par le préfet (voir conditions dans l’arrêté), tir interdit dans les nids.

Pour la Pie bavarde Pica pica :
– tir sur autorisation individuelle délivrée par le préfet (cas particulier, voir aussi dates dans l’arrêté) à poste fixe matérialisé de main d’homme, sans être accompagné de chien, dans les cultures maraîchères, les vergers et sur les territoires où, en application du schéma départemental de gestion cynégétique, des actions visant à la conservation et à la restauration des populations de faune sauvage et nécessitant la régulation des prédateurs sont mises en œuvre. Le tir dans les nids est interdit.
– piégeage toute l’année dans les zones définies précédemment.

Pour le Geai des chênes Garrulus glandarius :
– piégeage  du 31 mars au 30 juin dans les vergers et du 15 août à l’ouverture générale dans les vergers et les vignobles,
– tir sur autorisation individuelle délivrée par le préfet (cas particulier, voir aussi dates dans l’arrêté) à poste fixe matérialisé de main d’homme, sans être accompagné de chien, tir dans les nids interdit.

Pour l’Etourneau sansonnet Sturnus vulgaris :
– piégeage toute l’année en tout lieu,
– destruction à tir (dates à voir dans l’arrêté), avec prolongation de la période sur autorisation individuelle délivrée par le préfet (voir conditions dans l’arrêté), à poste fixe matérialisé de main d’homme, sans être accompagné de chien, dans les cultures maraîchères et les vergers et à moins de 250 mètres autour des installations de stockage de l’ensilage. Le tir dans les nids est interdit.

La destruction des animaux classés nuisibles peut être faite à l’aide de rapaces utilisés pour la chasse au vol sous réserve du respect des dispositions de l’article R. 427-25 du code de l’environnement et des arrêtés du 10 août 2004 susvisés.

En cas de capture accidentelle d’animaux n’appartenant pas à une espèce classée nuisible, ces animaux sont immédiatement relâchés.

Très bien. Voici donc une liste sensée être exhaustive des modalités de destruction des nuisibles. Je suis étonnée de constater l’absence du Vison d’Amérique pourtant classé nuisible, de même que le Ragondin, le Rat musqué, etc. De plus, cet article n’apporte aucune précision quant aux modalités de piégeage. Pourtant, il me semble que certaines pratiques sont interdites (les appâts toxiques par exemple).

Poursuivant mes recherches, je trouve un autre document de l’oncfs qui nous renseigne sur les pouvoir du maire en matière de chasse. Notamment pour le piégeage : le maire a l’obligation de recueillir la déclaration sur le registre ad hoc, il appose le tampon de la mairie sur cette déclaration, en remet un exemplaire au déclarant et affiche un second exemplaire. Cet affichage a pour but l’information des habitants de la commune sur l’emplacement de la zone de piégeage.

Revenons au fameux pdf de 2007 qui apparaît en première page de Google, vous vous rappelez ? Et bien là dedans on peut lire que depuis 1988 de nombreuses évolutions concernant les pièges sont intervenues, avec notamment :

– la suppression des pièges à mâchoires (ce qui confirme bien l’illégalité des pièges à loups),
– la période de destruction des animaux nuisibles est calée sur la période de référence de la chasse (1er juillet au 30 juin de chaque année),
– toute personne qui utilise des pièges doit être agréée par le préfet (après avoir suivi la formation nécessaire),
– la réduction dans toute la mesure du possible des souffrances endurées par les animaux piégés,

Loup meurtri par un piège cruel
Loup meurtri par un piège cruel (source image : http://www.reportage.loup.org/html/ecologie/persecutions.html)

– la sélectivité du piégeage par des méthodes de capture réversibles (pour relâcher l’animal capturé si ce n’est pas celui qui est visé) ou des pièges homologués qui ne permettent que la capture de l’espèce recherchée,
– l’innocuité du piégeage vis à vis des personnes et des animaux domestiques (pièges sélectifs, emplacement des pièges, publicité des opérations de piégeage par signalisation sur le terrain et déclaration en mairie).

Au final, l’information concernant la législation en matière de piégeage en France est bien disponible en effet sur le site de l’ONCFS, mais il faut prendre son temps pour la trouver, la décortiquer, et la synthétiser. J’aurais aimé proposer ici une bibliothèque photographique des différents pièges autorisés, mais j’ai peur de ne pas être exhaustive dans ce travail de synthèse. Aussi, si vous tombez sur un piège lors d’une promenade en forêt par exemple, je vous conseille de le prendre en photo, de rechercher un panneau signalisant la présence de pièges, et de vous référer aux conditions obligatoires que doivent remplir les pièges en France, à savoir leur sélectivité et leur innocuité vis à vis d’autres espèces que celle visée. En cas de doute, contactez l’oncfs qui est en charge de l’application de cette réglementation.

Les « nuisibles »

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Abordons aujourd’hui le délicat sujet des « nuisibles« . Selon la loi française, le classement d’une espèce en nuisible se fait d’après trois critères :

  • la protection de la faune et de la flore,
  • l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques,
  • la prévention des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles.


Qui sont les nuisibles en France ?

La liste des espèces pouvant être classées nuisibles par les préfets pour chaque département est définie par le ministre chargé de la chasse. Or, rappelons-le, une espèce nuisible est une espèce susceptible de causer des dommages importants à la faune sauvage, aux récoltes agricoles ou aux espèces domestiques, et qui peut porter atteinte à la santé ou la sécurité publique. Rien à voir avec la chasse donc…

Voici la liste des animaux dits nuisibles sur le territoire national (à confirmer donc par le préfet pour chaque département) :

Mammifères
– Belette
– Chien viverrin. L’espèce est généralement classée nuisible en Europe et notamment en France. Elle est chassable toute l’année en Suisse et en Allemagne. Chez nous elle est « tirable ».
– Fouine
– Lapin de Garenne
– Martre
– Putois

Putois (photo P. Fournier)
Putois (photo P. Fournier)

– Ragondin
– Rat musqué
– Raton laveur
– Renard
– Sanglier
– Vison d’Amérique

Oiseaux
– Corbeau freux
– Corneille noire
– Etourneau sansonnet
– Geai des chênes
– Pie bavarde
– Pigeon Ramier (ou palombe).

Quelques aberrations…

Tiens ? Les rats ne sont pas considérés comme des nuisibles ? Étonnant non ?

Et oui ! Si une espèce n’est pas du gibier, alors elle n’a aucune chance de figurer dans cette liste. Ainsi, rats, souris, taupes, campagnols (terrestres) ne sont pas concernés par cette liste d’animaux nuisibles.

Et d’ailleurs, comment détermine-t-on qu’une espèce nuit à une autre, au point de devoir être qualifiée comme nuisible ?… C’est un problème d’écologue ça. On fait ici appel en effet à des notions scientifiques d’écologie des populations, telle que les invasions biologiques (prolifération d’espèces exogènes comme le Ragondin ou le Vison d’Amérique). La Martre, la Belette, la Fouine ne sont pas dans ce cas de figure, mais sont pourtant listées espèces nuisibles du fait de leur prédation sur l’Ecureuil roux, le Lapin, les pigeons, etc. De là à penser que ces carnivores ont été classés nuisibles parce qu’ils dérangent l’Homme…

Martre (photo Eric Dragesco)
Martre (photo Eric Dragesco)

Animal Cross, association qui lutte contre les souffrances animales, demande que les associations de protection des animaux participent à un débat contradictoire sur la liste des animaux nuisibles. Par exemple, les associations de défense des animaux ont rappelé récemment que la Martre était un animal des forêts qui n’affectait ni les hommes ni les cultures.

Renard roux (photo Richard Dumoulin)
Renard roux (photo Richard Dumoulin)

L’association ASPAS souligne également la nécessité de maintenir des populations de renards viables. C’est en effet un prédateur nécessaire au bon fonctionnement du système écologique. Par ailleurs, de plus amples études mériteraient d’être menées afin de mieux appréhender l’état actuel de cette espèce, avant de la classer en nuisible et de permettre ainsi sa destruction organisée. Cette histoire me rappelle vaguement celle d’un certain carnivore éradiqué de France il y a peu, vous ne trouvez pas ?…

Sanglier (photo Marc Solari)
Sanglier (photo Marc Solari)

Autre chose. Le Sanglier est un nuisible incontesté. Il est à l’origine de ravages chez les agriculteurs, prolifère dans nos forêts depuis l’extermination de son prédateur naturel (le Loup, qui revient bon gré mal gré !), provoque de plus en plus d’accidents de la route… mais malgré ça, saviez-vous qu’on alimente les sangliers par agrainage ?! L’argument avancé est la dissuasion : on cherche à cantonner les sangliers loin des cultures sensibles. Bien sûr, une certaine dérive existe et se nomme l’agrainage cynégétique. Mais en retirant les mauvaises volontés qui se servent de cette pratique dans l’unique but de maintenir un cheptel pour la chasse, on peut raisonnablement penser que l’apport de nourriture à un opportuniste tel que le sanglier est tout simplement une fausse bonne idée, voire disons-le sans détour une absurdité. Les efforts devraient se concentrer sur la protection des cultures. Mais ne changeons pas de sujet…

Des alternatives à la destruction des nuisibles ?

La destruction des animaux nuisibles s’appuie sur la législation nationale (liste des animaux susceptibles d’être nuisibles ainsi que les modalités de leur destruction) et est mise en œuvre au niveau départemental.

La destruction des animaux nuisibles est régie par le code de l’environnement : articles L. 427-1 à L. 427-11 pour la partie législative ; et articles R. 427-1 à R. 427-28 pour la partie réglementaire. (source : http://www.developpement-durable.gouv.fr/)

Chacune de ces espèces peut donc « faire l’objet de mesures de lutte pour prévenir les dégâts dont elle est à l’origine sans encadrement réglementaire particulier » à condition toutefois que ce soit des « méthodes de lutte sélectives, proportionnées aux dégâts commis et ne constituant pas des mauvais traitements ou actes de cruauté » (réponse du Ministre de l’Ecologie au député Patrick Roy, 2006).

Mais avant de déclarer une guerre ouverte à ces animaux qui nous nuisent tant, pourquoi ne pas tester d’autres méthodes moins barbares ? Comme :
– la protection des cultures et des fermes par les moyens appropriés,
– le développement des prédateurs naturels (remettons les choses à leur place, tout simplement),
– la stérilisation des femelles et des œufs,
– la capture d’animaux dans les zones en surnombre (par exemple les parc clos, près des maisons) et la réintroduction dans les zones en sous-nombre.

 

Bref, tout le problème avec les « nuisibles » est dû au fait qu’on aborde ce sujet de manière suggestive au lieu de nous cantonner à un rôle plus neutre (et plus efficace) de scientifiques.

Les prédateurs responsables de la raréfaction des proies ?

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A peine arrivée dans les Alpes, le premier autochtone que je rencontre me balance au bout de quelques minutes de conversation qu’il n’y a plus de lapins dans les forêts à cause des loups.

Voilà encore un beau cliché sur les prédateurs : ils boufferaient tout ce qui vit dans leur environnement, tels des monstres assoiffés de sang.

Sans vouloir polémiquer sur le degré de jugeote qu’il faut avoir pour tenir de tels propos, je tiens aujourd’hui à rétablir un fait. Faisons donc un peu de sciences voulez-vous ? Il s’agit de l’écologie des populations.

Quelques définitions

D’abord, qu’est-ce qu’une population ?

C’est un groupe d’organismes (ou individus) de la même espèce, vivant dans un endroit précis, délimité par des frontières naturelles ou bien arbitraires (choisies par l’observateur).

Qu’est-ce que l’écologie des populations ?

C’est l’étude des populations dans leur environnement, donc leur dynamique en fonction des autres organismes vivants (ressources, compétiteurs, prédateurs, parasites…) et de tous les facteurs jouant sur leurs paramètres biologiques (polluants, ressources naturelles, habitat…)

Qu’est-ce qu’une communauté ?

Il s’agit d’un assemblage de plusieurs populations vivant dans un même milieu.

De l'écosystème à l'individu
Différents niveaux d’observation du vivant (source image : http://www.astrosurf.com/luxorion/seti-polymorphisme2.htm)

Il est important de connaître ces différentes échelles d’observation car les relations entre les différents organismes vivant au même endroit ont des effets à différents degrés.

Les différentes interactions entre espèces 

La plus connue est celle de prédateur-proie, ou consommateur-ressource. On parle de prédation (y compris pour l’herbivorie).

Mais il y a aussi la compétition (lorsque deux organismes rentrent en conflit pour une même ressource limitée, telle que la nourriture ou encore le territoire). Lorsque la ressource disputée est alimentaire, on parle de compétition trophique.

On a également le parasitisme.

D’autres relations sont bénéfiques aux deux partenaires : on parle de mutualisme. La symbiose par exemple en fait partie.

Toutes ces interactions ont un effet soit positif, soit négatif pour les individus. Cela peut s’exprimer par la mort (cas de la prédation) mais aussi par des résultats plus difficilement mesurables (une plante broutée subit un effet négatif mais ne meurt pas nécessairement). On observe ces effets sur ce qu’on appelle la fitness. Il s’agit de la capacité d’un individu à pérenniser (ça englobe donc sa capacité à se reproduire et à s’adapter, bref c’est un marqueur de la sélection naturelle).

Le cas d’un prédateur

Déjà nous nous rendons compte que les interactions entre espèces ne sont pas si simples qu’il n’y paraît.

Prenons schématiquement une population de prédateurs qui attaquerait une population de proies. Le nombre d’individus ressources (les proies) diminue logiquement par effet de prédation. Leur densité (nombre d’individus au mètre carré) aussi. Ils deviennent donc plus difficiles à chasser. De fait, la population prédateur se retrouve limitée par une ressource trophique devenue rare. Sa fitness en pâtit donc. On peut observer par exemple des individus plus maigres, moins puissants, moins robustes et donc plus fragiles. Cela revient à réguler en retour la taille de la population de prédateurs. Les proies étant moins consommées, leur population s’accroit à nouveau. C’est pour cela qu’on parle d’auto-régulation.

Le prédateur limite la prolifération de l'espèce proie (source image : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibres_pr%C3%A9dateurs-proies)
Le prédateur limite la prolifération de l’espèce proie (source image : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibres_pr%C3%A9dateurs-proies)

Evidemment, ce cas de figure entre une population de prédateur et une population de proie est bien trop simpliste pour représenter la réalité des communautés. Il y a pour chaque cas d’étude de nombreux paramètres à prendre en compte. Les autres compétiteurs pour la même ressource alimentaire, les autres compétiteurs de la ressource, les autres ressources disponibles, les facteurs limitants (comme les maladies en cas de surpopulation), l’impact anthropique (polluants qui se concentrent dans la chaîne alimentaire, fragmentation de l’habitat, destruction de l’habitat, surexploitation des ressources pour la consommation ou le loisir…).

Enfin, il faut garder à l’esprit que la dynamique ressource-consommateur est façonnée par l’évolution mutuelle de ces deux populations. L’évolution est une réponse adaptative à un changement environnemental. Les prédateurs sont une partie de l’environnement des proies, et inversement. Lorsque l’un change en réponse à l’interaction avec l’autre, il stimule par là même le changement chez l’autre.

Un équilibre fragile

Bref, les relations entre les différentes espèces sont donc complexes et en perpétuel mouvement. L’ensemble de ces interactions constitue un équilibre permettant l’existence de toute cette biodiversité. Si un des maillons de cette chaîne vient à se rompre, c’est l’ensemble du système qui en pâtit. La disparition des grands prédateurs a, par exemple, permis la prolifération de certaines proies comme le Sanglier (qui cause de nombreux dégâts chez les agriculteurs). Autre exemple, le Campagnol terrestre pullule mais le Renard voit ses populations régulées par l’Homme qui préfère le considérer comme un « nuisible »…

L'Homme ne peut se substituer à aucun des maillons de cette chaîne (source image : http://www.vazy-jetecrois.com/spip.php?article873)
L’Homme ne peut se substituer à aucun des maillons de cette chaîne (source image : http://www.vazy-jetecrois.com/spip.php?article873)

L’Homme ne peut se substituer à ces prédateurs pour la raison évidente qu’il est une espèce différente. Les prédateurs ne se contentent pas de réguler les densités des espèces proies mais les conditionnent aussi à une certaine occupation de l’espace, des stratégies de déplacement, et tout un tas d’autres facteurs faisant partie de la dynamique des ces populations. Par exemple, ils contribuent à la bonne santé de l’écosystème en prélevant les individus les plus fragiles (âgés, malades). Et nous ne parlons même pas des effets de la présence d’un prédateur sur les autres espèces non proies de son milieu ! Comment pourrions-nous nous substituer à n’importe laquelle de ces espèces de prédateurs ?!

Pour aller plus loin, je vous invite à lire le classique Ecologie, de Ricklefs et Miller (2005, chez De Boeck).