Les « nuisibles »

Publié le Mis à jour le

Abordons aujourd’hui le délicat sujet des « nuisibles« . Selon la loi française, le classement d’une espèce en nuisible se fait d’après trois critères :

  • la protection de la faune et de la flore,
  • l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques,
  • la prévention des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles.


Qui sont les nuisibles en France ?

La liste des espèces pouvant être classées nuisibles par les préfets pour chaque département est définie par le ministre chargé de la chasse. Or, rappelons-le, une espèce nuisible est une espèce susceptible de causer des dommages importants à la faune sauvage, aux récoltes agricoles ou aux espèces domestiques, et qui peut porter atteinte à la santé ou la sécurité publique. Rien à voir avec la chasse donc…

Voici la liste des animaux dits nuisibles sur le territoire national (à confirmer donc par le préfet pour chaque département) :

Mammifères
– Belette
– Chien viverrin. L’espèce est généralement classée nuisible en Europe et notamment en France. Elle est chassable toute l’année en Suisse et en Allemagne. Chez nous elle est « tirable ».
– Fouine
– Lapin de Garenne
– Martre
– Putois

Putois (photo P. Fournier)
Putois (photo P. Fournier)

– Ragondin
– Rat musqué
– Raton laveur
– Renard
– Sanglier
– Vison d’Amérique

Oiseaux
– Corbeau freux
– Corneille noire
– Etourneau sansonnet
– Geai des chênes
– Pie bavarde
– Pigeon Ramier (ou palombe).

Quelques aberrations…

Tiens ? Les rats ne sont pas considérés comme des nuisibles ? Étonnant non ?

Et oui ! Si une espèce n’est pas du gibier, alors elle n’a aucune chance de figurer dans cette liste. Ainsi, rats, souris, taupes, campagnols (terrestres) ne sont pas concernés par cette liste d’animaux nuisibles.

Et d’ailleurs, comment détermine-t-on qu’une espèce nuit à une autre, au point de devoir être qualifiée comme nuisible ?… C’est un problème d’écologue ça. On fait ici appel en effet à des notions scientifiques d’écologie des populations, telle que les invasions biologiques (prolifération d’espèces exogènes comme le Ragondin ou le Vison d’Amérique). La Martre, la Belette, la Fouine ne sont pas dans ce cas de figure, mais sont pourtant listées espèces nuisibles du fait de leur prédation sur l’Ecureuil roux, le Lapin, les pigeons, etc. De là à penser que ces carnivores ont été classés nuisibles parce qu’ils dérangent l’Homme…

Martre (photo Eric Dragesco)
Martre (photo Eric Dragesco)

Animal Cross, association qui lutte contre les souffrances animales, demande que les associations de protection des animaux participent à un débat contradictoire sur la liste des animaux nuisibles. Par exemple, les associations de défense des animaux ont rappelé récemment que la Martre était un animal des forêts qui n’affectait ni les hommes ni les cultures.

Renard roux (photo Richard Dumoulin)
Renard roux (photo Richard Dumoulin)

L’association ASPAS souligne également la nécessité de maintenir des populations de renards viables. C’est en effet un prédateur nécessaire au bon fonctionnement du système écologique. Par ailleurs, de plus amples études mériteraient d’être menées afin de mieux appréhender l’état actuel de cette espèce, avant de la classer en nuisible et de permettre ainsi sa destruction organisée. Cette histoire me rappelle vaguement celle d’un certain carnivore éradiqué de France il y a peu, vous ne trouvez pas ?…

Sanglier (photo Marc Solari)
Sanglier (photo Marc Solari)

Autre chose. Le Sanglier est un nuisible incontesté. Il est à l’origine de ravages chez les agriculteurs, prolifère dans nos forêts depuis l’extermination de son prédateur naturel (le Loup, qui revient bon gré mal gré !), provoque de plus en plus d’accidents de la route… mais malgré ça, saviez-vous qu’on alimente les sangliers par agrainage ?! L’argument avancé est la dissuasion : on cherche à cantonner les sangliers loin des cultures sensibles. Bien sûr, une certaine dérive existe et se nomme l’agrainage cynégétique. Mais en retirant les mauvaises volontés qui se servent de cette pratique dans l’unique but de maintenir un cheptel pour la chasse, on peut raisonnablement penser que l’apport de nourriture à un opportuniste tel que le sanglier est tout simplement une fausse bonne idée, voire disons-le sans détour une absurdité. Les efforts devraient se concentrer sur la protection des cultures. Mais ne changeons pas de sujet…

Des alternatives à la destruction des nuisibles ?

La destruction des animaux nuisibles s’appuie sur la législation nationale (liste des animaux susceptibles d’être nuisibles ainsi que les modalités de leur destruction) et est mise en œuvre au niveau départemental.

La destruction des animaux nuisibles est régie par le code de l’environnement : articles L. 427-1 à L. 427-11 pour la partie législative ; et articles R. 427-1 à R. 427-28 pour la partie réglementaire. (source : http://www.developpement-durable.gouv.fr/)

Chacune de ces espèces peut donc « faire l’objet de mesures de lutte pour prévenir les dégâts dont elle est à l’origine sans encadrement réglementaire particulier » à condition toutefois que ce soit des « méthodes de lutte sélectives, proportionnées aux dégâts commis et ne constituant pas des mauvais traitements ou actes de cruauté » (réponse du Ministre de l’Ecologie au député Patrick Roy, 2006).

Mais avant de déclarer une guerre ouverte à ces animaux qui nous nuisent tant, pourquoi ne pas tester d’autres méthodes moins barbares ? Comme :
– la protection des cultures et des fermes par les moyens appropriés,
– le développement des prédateurs naturels (remettons les choses à leur place, tout simplement),
– la stérilisation des femelles et des œufs,
– la capture d’animaux dans les zones en surnombre (par exemple les parc clos, près des maisons) et la réintroduction dans les zones en sous-nombre.

 

Bref, tout le problème avec les « nuisibles » est dû au fait qu’on aborde ce sujet de manière suggestive au lieu de nous cantonner à un rôle plus neutre (et plus efficace) de scientifiques.

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Une réflexion au sujet de « Les « nuisibles » »

    Le piégeage en France « Carnivores et alors a dit:
    13 février 2014 à 3:19

    […] question de la réglementation en matière de piégeage sur le territoire français. Surtout après l’article sur les nuisibles. J’ai donc tapé "loi piégeage France" sur Google pour commencer. Quelle ne fut […]

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