Les charmantes comptines ou comment stigmatiser les prédateurs dès le plus jeune âge

Publié le Mis à jour le

Le grand méchant loup
Le grand méchant loup

Nous avons tous grandi avec certains classiques tels que « Les trois petits cochons et le grand méchant loup », ou encore « Le petit chaperon rouge ». Nous avons tous chanté « Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas ». Ne peut-on rien remarquer à propos de ces charmantes histoires ?… Elles stigmatisent toutes le loup comme un être malveillant.

Pourquoi ?

Rappelons-nous que le Loup était présent sur tout le territoire français jusqu’au 19ème siècle, jusqu’à ce que son éradication débute. Il est d’ailleurs appelé « loup maléfique » à l’Époque Moderne, puis « gibier » au 19ème, avant d’être classé comme animal nuisible. En clair, on refuse de vivre avec la présence d’un prédateur naturel dans nos forêts. On refuse de s’adapter. Et puisqu’on en a les moyens, on décide alors de supprimer cet animal si dérangeant.

Sommes-nous donc si stupides ? N’avons-nous pas évolué depuis ces temps obscurs ? Sommes-nous donc toujours incapables de cohabiter avec d’autres prédateurs ? Nous serions donc dans ce cas la seule espèce inapte à survivre dans son environnement, qui se leurre en le modelant à sa convenance. Croyons-nous réellement être capables de faire mieux que Dame Nature ? Il suffit pourtant de regarder n’importe quel JT pour comprendre, sans trop forcer, qu’il y a un problème…

Mais je m’égare… Revenons au sujet principal de cet article.

Le Loup dans les dessins animés
Le Loup dans les dessins animés

Les comptines de notre enfance ont une tendance pernicieuse à catégoriser les prédateurs comme des êtres mauvais, qui cherchent volontairement à nous nuire. Cela ne veut pas pour autant dire que les enfants craindront forcément les loups, les ours, etc. en grandissant, et se mettront naturellement à les haïr. Je pose juste une simple constatation. On peut cependant se demander si le but de ces comptines n’est pas justement de pousser ces futurs citoyens à refuser la présence des prédateurs dans leur milieu. Cela s’apparenterait à de la propagande… Pour l’époque (les années 30, soit au moment où le Loup disparaît de France), on peut comprendre (puisque le gouvernement était dans une démarche volontaire d’éradication du Loup). Mais aujourd’hui ? Sans pour autant dépeindre un animal tout chamallow et tout mimi-gentil, j’aimerais bien lire des histoires de loups majestueux à mon petit garçon.

On constate que Walt Disney a bien évolué sur le plan égalité des sexes. Les Princesses ne sont plus de pauvres écervelées qui attendent leur preux chevalier pour les sauver, les marier et leur faire des gosses. Mais on attend encore de nouvelles histoires qui font l’apologie du Loup, au lieu de le stigmatiser comme un grand méchant abruti, au regard fou. Serait-ce trop dangereux d’un point de vue commercial ? Pourtant, un récent sondage (Ifop, septembre 2013) nous informe que 80% des Français sont opposés à ‘éradication du Loup en France. Il serait temps de suivre la tendance non ? Et de nous sortir une belle histoire comme Disney sait les faire ! Heureusement, les cinéastes n’ont pas attendu pour présenter de manière plus objective les grands prédateurs aux enfants. Je pense notamment au superbe film « Le renard et l’enfant« . Bref, je ne sais pas vous mais moi je montrerai « L’Ours » plutôt que « Pierre et le loup » à mes enfants.

L'Ours - de Jean Jacques Annaud
L’Ours – de Jean Jacques Annaud
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3 réflexions au sujet de « Les charmantes comptines ou comment stigmatiser les prédateurs dès le plus jeune âge »

    ouragan a dit:
    29 novembre 2013 à 7:28

    Alors que la convention de Berne recommande de sensibiliser la population à l’image du loup, notamment car les enfants qui sont malléables (sic) . De fait, on montre aux enfants des villes des images de louveteaux qui tètent leurs mères, alors que les enfants ruraux vivent en direct le massacre de leurs animaux dans des conditions atroces, sans autre aide que les commentaires diffamants qui leur martèlent qu’ils sont indemnisés!
    « Aujourd’hui nos enfants sont confrontés à la réalité de l’horreur des charniers causé par le loup, alors que les enfants, à qui l’on enseigne les bienfaits du loup, ne doivent surtout pas voir de telles abominations en photos! Comment éviter les conflits entre ces deux visions du problème? »
    http://leloupdanslehautdiois.blogspot.fr/

      Carnivores et alors a répondu:
      2 décembre 2013 à 9:12

      Cher ouragan,

      Tu soulèves un problème intéressant : les questions d’écologie semblent plus toucher les populations urbaines que les populations rurales. Autrement dit, en ville on sensibilise à la sauvegarde de la biodiversité alors qu’en campagne, on refuse de subir les conséquences que cela implique.
      Il faut clairement une éducation à l’environnement plus impliquée dans nos petits villages. Ce n’est pas parce que l’on vit près de champs, de forêts… que l’on connait mieux leur fonctionnement et que, de fait, l’on comprend mieux les enjeux de conservation de la biodiversité.

      En revanche, je ne peux te laisser réduire l’éducation à l’environnement à de belles images de louveteaux allaités. En tant qu’adultes responsables, il est de notre devoir d’apprendre à nos enfants la réalité du terrain, tout en évitant les images et termes traumatisants que tu emploies bien malheureusement. Un Loup est un animal sauvage, de ce fait dangereux comme n’importe quel animal sauvage, qui plus est prédateur donc plus intelligent que les herbivores (puisqu’il a développé des techniques de chasse élaborées). Crois-tu réellement que les parents de petits citadins disent à leurs enfants : « Regarde les loups tout mignons. Si tu es sage, on ira les caresser cet hiver dans les Alpes. » ? Inversement, aimerais-tu vraiment que nos enfants voient une carcasse ovine éventrée et sanguinolente ? Rappelle-toi que nous devons protéger nos enfants de certaines violences visuelles. Et cela ne veut pas dire mentir.

      Soyons clair, ne stigmatisons pas l’enseignement de l’écologie dans les villes, et évitons de propager ainsi de fausses informations.

    wolfy a dit:
    8 décembre 2013 à 11:12

    Intéressant de mauvaise foi cette approche « ouragan », il est vrai qu’en milieu rural les éleveurs expliquent aussi à leur enfants tout l’angélisme qui flotte autour des abattoirs, où les gigots d’agneaux arrivent comme des bonbons dans les assiettes bien évidemment. Si je dis cela c’est que dans la majorité des cas lorsque je pose la question aux éleveurs ou bergers s’ils connaissent et s’inquiètent des conditions dans lesquelles leurs agneaux sont tués, équarris , la réponse est toujours la même : « moi je produis des agneaux, le reste je ne veux pas savoir »; étrange comme approche pour des personnes (pas toutes j’en conviens) qui reprochent aux « urbains » (c’est quoi d’aillleurs un urbain? un éleveur qui habite en ville à Sisteron et qui confie son troupeau à un transhumant? ou un fonctionnaire qui habite en campagne à Noyers sur Jabron et qui bosse à Sisteron? pas facile à mettre dans une boite tout ça hein?) leur approche de la nature. Non, en éducation environnement, monsieur « ouragan » on ne parle pas que des gentils loups qui têtent leur mère, loin de là… Mais çà manifestement ça vous échappe…

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