Mois: novembre 2013

Les charmantes comptines ou comment stigmatiser les prédateurs dès le plus jeune âge

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Le grand méchant loup
Le grand méchant loup

Nous avons tous grandi avec certains classiques tels que « Les trois petits cochons et le grand méchant loup », ou encore « Le petit chaperon rouge ». Nous avons tous chanté « Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas ». Ne peut-on rien remarquer à propos de ces charmantes histoires ?… Elles stigmatisent toutes le loup comme un être malveillant.

Pourquoi ?

Rappelons-nous que le Loup était présent sur tout le territoire français jusqu’au 19ème siècle, jusqu’à ce que son éradication débute. Il est d’ailleurs appelé « loup maléfique » à l’Époque Moderne, puis « gibier » au 19ème, avant d’être classé comme animal nuisible. En clair, on refuse de vivre avec la présence d’un prédateur naturel dans nos forêts. On refuse de s’adapter. Et puisqu’on en a les moyens, on décide alors de supprimer cet animal si dérangeant.

Sommes-nous donc si stupides ? N’avons-nous pas évolué depuis ces temps obscurs ? Sommes-nous donc toujours incapables de cohabiter avec d’autres prédateurs ? Nous serions donc dans ce cas la seule espèce inapte à survivre dans son environnement, qui se leurre en le modelant à sa convenance. Croyons-nous réellement être capables de faire mieux que Dame Nature ? Il suffit pourtant de regarder n’importe quel JT pour comprendre, sans trop forcer, qu’il y a un problème…

Mais je m’égare… Revenons au sujet principal de cet article.

Le Loup dans les dessins animés
Le Loup dans les dessins animés

Les comptines de notre enfance ont une tendance pernicieuse à catégoriser les prédateurs comme des êtres mauvais, qui cherchent volontairement à nous nuire. Cela ne veut pas pour autant dire que les enfants craindront forcément les loups, les ours, etc. en grandissant, et se mettront naturellement à les haïr. Je pose juste une simple constatation. On peut cependant se demander si le but de ces comptines n’est pas justement de pousser ces futurs citoyens à refuser la présence des prédateurs dans leur milieu. Cela s’apparenterait à de la propagande… Pour l’époque (les années 30, soit au moment où le Loup disparaît de France), on peut comprendre (puisque le gouvernement était dans une démarche volontaire d’éradication du Loup). Mais aujourd’hui ? Sans pour autant dépeindre un animal tout chamallow et tout mimi-gentil, j’aimerais bien lire des histoires de loups majestueux à mon petit garçon.

On constate que Walt Disney a bien évolué sur le plan égalité des sexes. Les Princesses ne sont plus de pauvres écervelées qui attendent leur preux chevalier pour les sauver, les marier et leur faire des gosses. Mais on attend encore de nouvelles histoires qui font l’apologie du Loup, au lieu de le stigmatiser comme un grand méchant abruti, au regard fou. Serait-ce trop dangereux d’un point de vue commercial ? Pourtant, un récent sondage (Ifop, septembre 2013) nous informe que 80% des Français sont opposés à ‘éradication du Loup en France. Il serait temps de suivre la tendance non ? Et de nous sortir une belle histoire comme Disney sait les faire ! Heureusement, les cinéastes n’ont pas attendu pour présenter de manière plus objective les grands prédateurs aux enfants. Je pense notamment au superbe film « Le renard et l’enfant« . Bref, je ne sais pas vous mais moi je montrerai « L’Ours » plutôt que « Pierre et le loup » à mes enfants.

L'Ours - de Jean Jacques Annaud
L’Ours – de Jean Jacques Annaud

Les rapaces de France

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Un milan royal - photo René Roger (source : http://rapaces.lpo.fr/milan-royal/)
Un milan royal – photo René Roger (source : http://rapaces.lpo.fr/milan-royal/)

Un rapace est un oiseau carnivore, prédateur ou charognard, et donc équipé d’organes tranchants tels qu’un bec crochu ou des serres. Leur système digestif ne leur permettant pas de digérer intégralement leurs proies (sauf le Gypaète barbu), ils produisent des pelotes de réjections, composées de poils, os et chitine.

Le cas de la France

Avec plus de 60% des espèces de rapaces nicheurs en Europe (25 espèces sur 40, dont 23 nicheuses régulières), la France a une grande responsabilité en matière de conservation de cette biodiversité, bien que de nombreuses espèces y ont fortement régressé ou ont localement disparu.

Il faut savoir que les 3/4 des rapaces diurnes d’Europe occidentale se reproduisent sur le territoire français. Et 21% des effectifs de rapaces d’Europe de l’ouest (soit 286 000 à 392 000 couples reproducteurs) sont présents en France d’après l’IFEN**, concentrés sur 13 espèces (qui représentent 10% de ces effectifs). Certaines espèces sont peu abondantes en France, comme le busard Saint-Martin et le Milan noir, mais représentent plus de 50% de leurs effectifs en Europe de l’ouest. Enfin, sur 23 espèces de nicheurs réguliers en France métropolitaine, sept sont considérées comme très rares (moins de cent couples) et quatre n’excèdent pas 2 000 couples.

La majorité de la population de rapaces en France est fournie par la Buse variable (43% !) et le Faucon crécerelle (25%).

En France métropolitaine, les rapaces sont principalement présents dans les régions Auvergne, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Midi-Pyrénées.

Les espèces présentes en France

Avant de les étudier prochainement plus en détails, voyons d’abord qui sont les différents rapaces de France (énumération récupérée d’un article wikipédia dont j’ai volontairement laissé les liens vers chaque taxon).

Les oiseaux dits rapaces sont regroupés en 5 familles sur le territoire français (métropole + Corse). On dénombre ainsi:

– les Falconidés,

– les Strigidés et les Titonidés,

– les Accipitridés et les Pandionidés.

Seuls les Strigidés et les Titonidés sont nocturnes. On y retrouve respectivement 10 et 1 espèces, dont 8 nicheurs : Aegolius funereus (Nyctale de Tengmalm – nicheur), Asio flammeus (Hibou des marais – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Asio otus (Hibou moyen-duc – nicheur), Athene noctua (Chevêche d’Athéna – nicheur), Bubo bubo (Grand-duc d’Europe – nicheur), Bubo scandiacus (Harfang des neiges), Glaucidium passerinum (Chevêchette d’Europe – nicheur, vulnérable sur la liste UICN* française), Otus scops (Petit-duc scops – nicheur), Strix aluco (Chouette hulotte – nicheur), Surnia ulula (Chouette épervière), Tyto alba (Effraie des clochers – nicheur).

Chez les Falconidés on a 11 espèces, dont 5 nicheurs : Falco biarmicus (Faucon lanier), Falco cherrug (Faucon sacre), Falco columbarius (Faucon émerillon), Falco concolor (Faucon concolore), Falco eleonorae (Faucon d’Éléonore), Falco naumanni (Faucon crécerellette – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Falco peregrinus (Faucon pèlerin – nicheur), Falco rusticolus (Faucon gerfaut), Falco subbuteo (Faucon hobereau – nicheur), Falco tinnunculus (Faucon crécerelle – nicheur), Falco vespertinus (Faucon kobez).

Dans la famille des Pandionidés, une seule espèce est présente en France : le Pandion haliaetus (Balbuzard pêcheur – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française).

Enfin, la famille la plus connue du grand public, les Accipitridés, présente 28 espèces dont 20 nicheurs : Accipiter gentilis (Autour des palombes – nicheur), Accipiter nisus (Épervier d’Europe – nicheur), Aegypius monachus (Vautour moine – nicheur, en danger critique d’extinction sur la liste UICN française), Gypaetus barbatus (Gypaète barbu – nicheur, en danger sur la liste UICN française), Gyps fulvus (Vautour fauve – nicheur), Neophron percnopterus (Vautour percnoptère – nicheur, en danger sur la liste UICN française), Torgos tracheliotos (Vautour oricou), Aquila adalberti (Aigle ibérique), Aquila chrysaetos (Aigle royal – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Aquila clanga (Aigle criard), Aquila fasciata (Aigle de Bonelli – nicheur, en danger sur la liste UICN française), Aquila heliaca (Aigle impérial), Aquila nipalensis (Aigle des steppes), Aquila pomarina (Aigle pomarin – nicheur), Buteo buteo (Buse variable – nicheur), Buteo lagopus (Buse pattue), Buteo rufinus (Buse féroce), Haliaeetus albicilla (Pygargue à queue blanche – nicheur), Hieraaetus pennatus (Aigle botté – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Circaetus gallicus (Circaète Jean-le-Blanc – nicheur), Circus aeruginosus (Busard des roseaux – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Circus cyaneus (Busard Saint-Martin – nicheur), Circus macrourus (Busard pâle), Circus pygargus (Busard cendré – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Elanus caeruleus (Élanion blac – nicheur, en danger sur la liste UICN), Milvus migrans (Milan noir – nicheur), Milvus milvus (Milan royal – nicheur, vulnérable sur la liste UICN française), Pernis apivorus (Bondrée apivore – nicheur).

Rappelons que la liste rouge de l’UICN constitue l’inventaire mondial de référence sur le risque d’extinction des espèces végétales et animales de la planète.

Pour celles et ceux qui souhaiteraient participer à la sauvegarde des rapaces en France, je vous invite fortement à vous rapprocher de la LPO qui mène une mission sur ces majestieux prédateurs (oui, je suis de partie pris !). Vous trouverez toutes les informations sur leur site :  http://rapaces.lpo.fr/

Le site de la mission rapace de la LPO
Le site de la mission rapace de la LPO

* Union Internationale pour la Conservation de la Nature

** Institut Français de l’Environnement

L’Ours brun et sa conservation en France

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L'ours brun Ursus arctos
Source : http://www.wwf.fr/s-informer/actualites/les-ours-une-chance-pour-les-pyrenees

L’Ours brun est en déclin depuis l’époque romaine. Vers l’an 1000, il était encore présent dans toutes les forêts de montagne françaises mais ses zones d’habitat se réduisent au 16ème siècle aux parties les plus inaccessibles des Vosges, du Jura, du Massif Central, des Alpes et des Pyrénées. A la fin du 18ème siècle, le développement des activités humaines telles que le pastoralisme ou l’exploitation forestière accentue sa disparition et au milieu du 19ème siècle, sa présence n’est plus constatée que dans 14 départements : dans le Jura (d’où il disparait vers 1860), dans les Alpes (où la dernière observation d’ours a eu lieu en 1937) et dans les Pyrénées (où sa population atteint quasiment l’extinction à la fin du 19ème siècle avec seulement 6 individus).

L’Ours brun est l’espèce la plus répandue des Ursidés. Il occupe environ 5 millions de km² au nord-ouest de l’Amérique du Nord, 800 000 km² en Europe, et la plupart du nord de l’Asie. Ses populations les plus importantes sont en Russie, Alaska et au Canada. Du fait de cette grande répartition, Ursus arctos figure dans la catégorie « moins concerné » sur la liste rouge de l’UICN. Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi conserver l’Ours en France ?

Déjà parce que la France a des obligations légales. Elle s’est engagée à conserver la biodiversité en ratifiant la Convention sur la Diversité Biologique.

De plus, l’Ours brun figure en Annexes 2 & 4 de la directive Habitats, qui regroupent respectivement les espèces dont la conservation nécessite la désignation de Zones Spéciales de Conservation et les espèces strictement protégées.

Il figure aussi en Annexe II de la Convention de Berne, c’est-à-dire comme espèce strictement protégée. La France, doit donc prendre des mesures pour maintenir une population d’Ours viable.

Enfin, par sa résolution du 17 février 1989, le Parlement européen invite la Commission européenne à favoriser l’émergence de programmes pour la protection de l’Ours brun en Europe et à soutenir les programmes existants. Et par sa résolution du 22 avril 1994, le Parlement européen invite la Commission européenne à ne pas soutenir et ne pas financer le développement d’activités ayant un impact négatif sur les populations d’ours.

En outre, l’Homme est responsable de la 6ème crise d’extinction, et notamment de la disparition de l’Ours dans les Pyrénées. Il se doit de conserver cette espèce pour sa valeur d’existence, mais aussi pour sa valeur de legs.

Enfin, l’Ours a une valeur écologique. Il améliore l’état sanitaire des populations en prélevant les individus les plus faibles, c’est-à-dire les malades et les âgés. Il est scientifiquement reconnu que plus un milieu est diversifié, mieux il répond aux perturbations, qu’elles soient naturelles ou anthropiques.

Sans la capture en Slovénie et le relâcher de 2 femelles en 96 et d’un mâle en 97 dans le cadre du programme de réintroduction en Pyrénées centrales, l’Ours brun aurait disparu de France. Mais en 97 et 2004, deux ourses suitées ont été abattues. Bien que la réintroduction ait amené la population d’Ours des Pyrénées à une quinzaine d’individus en 2003, celle-ci ne peut pas être considérée comme viable à long terme du fait d’un nombre de femelles insuffisant et de problèmes de consanguinité. Le gouvernement français a ainsi mis en œuvre un plan de renforcement avec un apport de 4 femelles & d’un mâle au printemps 2006.

L’arbre généalogique suivant récapitule les réintroductions d’ours et l’évolution de la population depuis 1996. On constate malheureusement une mortalité élevée et rapide des ours réintroduits. Ce qui nous amène une nouvelle fois à rappeler que la survie d’une espèce ne peut se faire sans la volonté des populations humaines locales à défendre leur patrimoine sauvage.

Arbre généalogique de la population d’ours brun dans les Pyrénées de 1996 à 2012. O.N.C.F.S. Equipe Ours
Arbre généalogique de la population d’ours brun dans les Pyrénées de 1996 à 2012. O.N.C.F.S. Equipe Ours